«On a acheté une société qui marche très bien, techniquement excellente et qui possède de très bons produits. Dans ces conditions, on ne peut pas dire que c'est cher payé.» François-Xavier Perroud, porte-parole de Nestlé, reste de marbre face au plus gros achat de l'histoire de Nestlé, âgée de 134 ans.

Henri Nestlé, l'inventeur d'une farine lactée pour nourrissons, se retournera-t-il dans sa tombe en apprenant que ses successeurs ont versé 10,3 milliards de dollars (17,09 milliards de francs), pour devenir leader sur le marché des aliments pour chiens et chats? L'histoire de Nestlé n'en est pas à un virage de diversification près, puisque la multinationale veveysanne perce dans le secteur de la santé en vendant, notamment, une installation de chirurgie au laser.

Deux marques vendues

Le feu vert de la commission de la concurrence américaine (FTC), donné mardi à l'achat de l'Américain Ralston Purina à condition que Nestlé se dessaisisse de deux marques, ouvre une voie royale à la multinationale veveysanne sur un marché américain fort disputé.

Après être devenu numéro un sur le marché des eaux minérales (lire Le Temps du 5 décembre), actuellement en passe de décrocher cette place sur celui des glaces après le rachat de l'Allemand Schöller, Nestlé se taille aujourd'hui la part du lion dans le secteur des aliments pour chiens et chats. Afin d'empêcher une position dominante de l'entreprise suisse sur le marché américain (plus de 60% de l'ensemble et 45% des aliments secs pour chats), la FTC a exigé la vente de deux marques (Meow Mix et Alley Cat), qui génèrent un chiffre d'affaires annuel de 330 millions de francs. «C'est un peu gênant pour Nestlé, mais cela n'est pas monstrueux puisque ces marques représentent 7,5% des ventes», souligne Cédric Boehm, analyste de Pictet & Cie.

Nestlé, qui financera l'opération par l'emprunt tout en conservant une notation AAA, engrangera tout de même des ventes de plus de 6 milliards de dollars par an, contre 3,7 milliards pour ses produits, dont les plus connus sont Friskies et Alpo. Ce secteur représentera 12% de son chiffre d'affaires. Par l'achat de Ralston Purina, Nestlé acquiert une position forte aux Etats-Unis, en entrant sur le créneau porteur des aliments secs qui tendent à remplacer les aliments en boîte. Les produits Ralston Purina, en concurrence avec ceux de l'entreprise Iams, rachetée en 1999 par Procter & Gamble, sont considérés comme haut de gamme. Ils sont notamment diffusés par les vétérinaires, dans un réseau où Nestlé n'était pas présent.

Extension en Europe

A terme, la multinationale renforcera la présence en Europe de ses nouveaux produits d'origine américaine, dans un combat où s'engage Iams, qui vient de construire une usine ultramoderne aux Pays-Bas. «Le marché européen est saturé, mais je ne pense pas que Nestlé va confiner au territoire américain les produits hérités de Ralston Purina», estime Cédric Boehm. La nouvelle position de Nestlé en Europe a été jugée suffisamment forte pour que la Commission européenne exige la vente d'une usine ou la cession de licences en Espagne, en Italie et en Grèce. Le numéro un de la branche sur sol européen, avec plus de 50% du marché, reste le groupe Mars (marque Pedigree) qui vient d'acquérir la société française Royal Canin.