C’en est déjà terminé. La diminution des prix en Suisse, très relative selon les associations de défense des consommateurs, fera bientôt partie du passé. Si tous les importateurs, détaillants et grossistes n’ont pas répercuté sur le client final les gains de taux de change suite à la valorisation du franc, «l’époque des fortes baisses des prix de produits importés approche de son terme», a indiqué jeudi lors d’une conférence de presse Sara Carnazzi-Weber, économiste auprès de Credit Suisse. La banque, qui a présenté à cette occasion ses perspectives écono­miques, prévoit dans le pays un renchérissement en moyenne annuelle de 1% en 2013. Pour l’année en cours, l’établissement financier anticipe un reflux des prix de 0,3%.

Or, ce taux négatif n’est plus soutenable. Il résultait jusqu’ici d’un effet à retardement de l’appréciation du franc avant la mise en place du cours plancher avec l’euro, à 1,2. C’était exactement il y a un an que la Banque nationale suisse (BNS) avait pris la décision de cet arrimage historique avec la devise unique. A cet élément s’est ajouté celui de la chute des prix des matières premières, intervenue au printemps. Ces deux facteurs auront désormais un impact contraire. «Avec la stabilisation du taux de change, le franc a perdu de son effet dépréciatif sur les prix», a complété l’économiste.

Quand bien même les prix vont augmenter, la hausse restera modeste. Ce climat d’inflation qualifié de modéré par Credit Suisse devrait encore persister un certain temps. Pourquoi? Les diminutions continues des taux d’intérêt, grâce à la politique monétaire expansionniste de la banque centrale, auront à terme comme conséquence une baisse des loyers.

Anticipations antagonistespour la construction

Et au-delà? Sara Carnazzi-Weber a répété que le cours plancher défendu par l’institut d’émission comporte un grand risque inflationniste, surtout si l’économie venait à rebondir fortement. Et de rappeler qu’une forte phase inflationniste avait suivi la décision de la BNS en 1978 de lier le sort du franc à feu le deutsche mark (à 80 centimes). Si la banque centrale ne trouve pas le bon moment pour retirer les liquidités abondantes qu’elle a mises sur le marché, le taux pourrait grimper à 2, voire 3%.

Credit Suisse reste toutefois optimiste pour l’économie suisse. Son PIB va progresser de 1,5% l’an prochain, selon la banque, qui maintient ainsi une précédente estimation. Le boom de la construction se poursuivra (+2%). Un avis que ne partage toutefois pas l’institut conjoncturel bâlois BAK. Après le dynamisme de ces dernières années, les dépenses ne devraient progresser que de 0,2% dans ce secteur, contre +0,9% en 2012, a-t-il dit hier.