Joaillerie

Les prix du rubis et du saphir s’envolent

Le décollage de la valeur des pierres semi-précieuses secoue le marché depuis dix ans, et continue son ascension sans complexe. Enquête

Arborer sur les tapis rouges autre chose que les bijoux aux quatre précieux – diamant, rubis, saphir et émeraude – était impensable il y a encore vingt ans. Depuis, l’engouement pour les pierres fines, appelées aussi semi-précieuses, a gagné le secteur de la haute joaillerie. Une métamorphose dictée par l’évolution de l’offre et de la demande.

L’émergence d’une classe moyenne au pouvoir d’achat non négligeable, principalement en Asie et en Amérique latine, a complètement changé la donne sur le marché des pierres précieuses de couleur.

Un récit sur la quête d'une gemme rarissime: A la poursuite du saphir disparu

Pallier la pénurie 

Depuis les années 2000, leurs prix ont augmenté de 500% pour le rubis et de plus de 300% pour le saphir et l’émeraude. Les valorisations varient considérablement selon la catégorie des pierres, leur clarté, leur taille, leur origine et le traitement subi ou pas. Ainsi, le prix d’un rubis d’un carat peut aller de 100 francs à plus de 30 000 francs en fonction de sa qualité.

Cause de cette explosion des prix, la surexploitation, durant des décennies, des rares mines d’où sont extraits ces minéraux. Face à cet assèchement des ressources naturelles, l’industrie de la joaillerie s’est tournée vers les pierres semi-précieuses, plus disponibles, moins chères et considérées comme une alternative à la pénurie.

D’autant plus que la riche palette de couleurs de certaines d’entre elles comme les spinelles, les tourmalines et les grenats offrent des multitudes de possibilités aux créateurs.

Marketing déterminant

Cet intérêt grandissant a, cependant, fait flamber, à son tour, leur coût au départ modeste comme celui de tourmaline rose, doublé entre 2010 et 2015. Afin de faire adhérer les consommateurs à cette nouvelle tendance, les géants du secteur misent sur l’esthétique des créations en général et sur leur marketing en particulier.

Longtemps laissée pour compte en raison de la superstition – elle porterait malheur – et surtout des mines de la Slovaquie épuisées, l’opale a fait son grand retour en 2016. En cause, de nouveaux gisements trouvés en Ethiopie et en Australie. Découvertes qui ont enchanté Chopard, Louis Vuitton, Tiffany & Co., Van Cleef & Arpels, Piaget, etc. – dont les collections à l’opale ont brillé pendant les défilés automne-hiver 2016-2017.

Et pour mettre en valeur les pierres fines, beaucoup les marient avec les pierres précieuses, à l’instar de Cartier et ses bijoux Cactus qui unissent l'émeraude à la chrysoprase, la cornaline et le lapis-lazuli.

Mêmes critères que pour les pierres précieuses

La plus récente trouvaille qui date du début de l’année est le grenat baptisé «Royal Purple» dont une seule mine a été trouvée en Tanzanie. Son éclat chatoyant fait déjà des émules chez les créateurs. Pour autant, vaut-il la peine d’investir dans ces minéraux semi-précieux?

Une chose est sûre, les prix des pierres fines vont continuer de grimper. Mais pas pour n’importe lesquelles. Les critères de valeur sont les mêmes que ceux des pierres précieuses: la beauté (éclat, couleur, transparence), le poids, la rareté, la qualité de la taille et la dureté de la pierre, mais également le fait de ne pas avoir été chauffée, ni traitée chimiquement.

«Nous consignons toutes ces informations dans le certificat de la pierre, qui facilitera aussi bien sa revente que son remboursement par les assurances en cas de cambriolage», explique Antoinette Starkey, vice-présidente de l’association suisse de gemmologie (GIA Alumni). D’après cette gemmologue, actuellement, les plus demandées sur le marché sont la tanzanite et le spinelle rouge, vues comme des alternatives au saphir et au rubis.

Investir ou pas?

Entre autres, «les bijoux qui représentent un investissement sont ceux qui ont été signés par les créateurs reconnus, portés par des célébrités et dont les pierres, de qualité et imposantes de préférence, sont en parfait état», explique Francisco Rojas, patron de JewelTech, société genevoise qui réalise des bijoux pour des maisons de haute joaillerie.

D’après ce professionnel, les pierres fines de grande valeur, achetées comme investissement, à l’instar de leurs quatre cousines précieuses, ne doivent pas être portées. Moins dures et donc plus fragiles, elles risqueraient de s’abîmer davantage en cas de choc. Sinon, petites, de plus en plus coûteuses et faciles à transporter, elles ont indéniablement de beaux jours devant elles.

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