Quelles seront les conséquences à moyen et long terme de la facture exorbitante que vont devoir payer les opérateurs de téléphonie mobile en Europe, à l'issue de toutes les procédures d'attribution des licences UMTS? La semaine dernière, l'Allemagne a achevé son processus de désignation, réunissant la somme faramineuse de 50,5 milliards d'euros (quelque 80 milliards de francs) pour six licences, pulvérisant le record atteint lors des enchères britanniques (38,5 milliards d'euros). Les experts évaluant les investissements supplémentaires liés à la construction des réseaux à 5 milliards d'euros par licence, le passage à l'UMTS pour la seule Allemagne devrait donc coûter à lui seul plus de 80 milliards d'euros, alors même que la totalité du marché de la téléphonie mobile en Europe est évalué par la banque d'affaires Chase H & Q à 130 milliards d'euros d'ici à fin 2002. Qui paiera la note de la «troisième génération», qui devrait consacrer la convergence d'Internet et du mobile? Revue des pistes possibles.

La hausse des tarifs. Elle semble plutôt improbable, sauf peut-être en phase de démarrage. Déjà cher, le marché allemand voit ainsi de nouveaux acteurs débarquer – MobilCom et 3G (l'alliance entre Telefonica et le finlandais Sonera) – et le nombre de concurrents atteindre un seuil qui déclenche une bataille sur les prix. L'économiste Jens Weidmann l'affirme dans une tribune libre parue dans le quotidien des affaires Handelsblatt.

Le ralentissement technologique. C'est la principale crainte de la Commission européenne, qui a déjà officieusement mis en garde les pays pratiquant l'enchère libre que le coût des licences se reporterait sur une moindre qualité de la recherche et du développement de nouvelles technologies, hypothéquant l'avance prise dans ce secteur par l'Europe.

La hausse des taux. Cette hausse est quasiment assurée pour les opérateurs qui se lanceront dans des méga-emprunts obligataires, comme on l'a déjà vu lors du rachat de Telecom Italia par Olivetti. Leur qualité de débiteur va s'amoindrir. Ainsi, Standard & Poor's vient d'abaisser sa perspective pour Telefonica, passant de «stable» à «négative», et plusieurs «downgradings» (rétrogradations) sont possibles dans ce secteur. Malgré cela, l'abondance des emprunts pourrait doper le marché obligataire et tirer globalement le loyer de l'argent vers le haut.

La chute des actions. Vendredi, les opérateurs vainqueurs en Allemagne ont vu leur capitalisation boursière totale fondre de 18 milliards d'euros. La perspective d'amortissements importants et de coûts d'acquisition de la clientèle élevés risque de peser lourd sur le cours de certaines «telcos» dont les reins n'apparaissent pas solides, ou de celles qui ont déjà sur les bras une acquisition très chère (comme Vodafone avec Mannesmann).

La concentration du secteur. C'est le scénario le plus plausible. «Consolider est un outil très probable pour chasser les coûts, ce qui doit être fait», constate un expert de KPMG, cité par Bloomberg. Déjà, les alliances formées autour de petits opérateurs locaux par des grands d'Europe dans le cadre des enchères UMTS sont en train de montrer leurs limites. En Allemagne, Hutchison Whampoa est sorti de son alliance avec le néerlandais KPN, parce qu'il estime le prix à payer trop élevé. Ce type de conflits devrait pousser vers des fusions ou des acquisitions pures et simples. En Finlande, la recherche de partenaires de Sonera pourrait bien se transformer en absorption.

La multiplication des «opérateurs virtuels». Lorsque les licences seront en mains d'une poignée de «big players», la nécessité d'accélérer la rentabilisation des réseaux acquis et construits à grand prix poussera les détenteurs de licences à louer des fréquences à des opérateurs secondaires, qui proposeront leurs services – comme ce qui existe aujourd'hui sur le fixe. C'est notamment la stratégie qu'entend désormais suivre Swisscom.