Les actionnaires d'Adecco sont attendus en nombre à Lausanne, où se tient aujourd'hui l'assemblée générale du numéro un mondial du travail temporaire. L'élection du conseil d'administration et le vote sur la décharge s'annoncent comme les enjeux principaux. Une assemblée qui arrive à un moment particulier.

Constatant des défaillances de ses contrôles internes, Adecco a reporté en effet par deux fois la publication de ses résultats 2003, mettant à mal sa crédibilité. Ces chiffres audités ont été annoncés au début de ce mois (lire Le Temps du 2 juin 2004). Adecco aura dû débourser 150 millions de francs en frais d'audits pour y parvenir. L'action du groupe n'est pas restée insensible à ces reports. Elle a perdu près d'un quart de sa valeur par rapport à son plus haut en janvier. Montré du doigt, l'actuel conseil d'administration n'a pas résisté à la crise. Pas moins de sept nouveaux administrateurs – dont Klaus Jacobs, l'un des actionnaires principaux – sur neuf seront proposés à l'assemblée.

A priori, leur élection se présente comme une formalité. Les candidats, à l'image de Jürgen Dormann, président du conseil d'administration d'ABB, et de Francis Mer, ancien ministre français de l'Economie, font l'unanimité auprès de la communauté financière. «Le conseil d'administration qui s'apprête à être élu est nettement plus indépendant que le précédent. Aucun des nouveaux administrateurs n'a de liens naturels avec les actionnaires majoritaires. La situation est nettement plus satisfaisante», relève Nicole Buth Tschudi, analyste auprès de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH) qui observe une rupture avec un ancien conseil marqué par les conflits d'intérêts.

Les passes d'armes pourraient cependant avoir lieu en coulisses. Le conseil d'administration entend se réunir juste après l'assemblée générale pour désigner son nouveau président. Les avis des actionnaires majoritaires également administrateurs, à savoir Klaus Jacobs (12% du capital) et Philippe Foriel-Destezet (18%), devraient s'y affronter. «Le fait qu'ils n'aient pas pu s'entendre avant l'assemblée dénote des tensions», remarque Dominique Biedermann, directeur de la Fondation Ethos.

Si les deux hommes ont fait part de leur intérêt pour la fonction, certains observateurs n'écartent pas une solution négociée. Jürgen Dormann, soutenu par Klaus Jacobs, accéderait au poste de président. Les deux principaux investisseurs siégeraient au conseil en tant que vice-présidents. Un tour de passe-passe qui expliquerait le maintien au début du mois de Jérôme Caille, poulain de Philippe Foriel-Destezet, à la tête du groupe.

Avant la désignation des administrateurs, l'assemblée se prononcera sur l'octroi de la décharge au conseil d'administration sortant. Un vote qui risque d'être l'objet d'intenses discussions. «L'octroi de la décharge est prématuré, estime Dominique Biedermann, qui s'adressera à l'assemblée. Le groupe fait face à 150 millions de frais d'audits supplémentaires contre 6 millions en temps normal. On est en droit de se demander s'il n'y a pas une responsabilité personnelle des administrateurs. D'autant que des procédures sont en cours aux Etats-Unis, et des enquêtes se poursuivent auprès des Bourses américaine et suisse.» Acteur de poids, la société américaine ISS Institutional Shareholders Services, qui analyse les enjeux des assemblées pour près de 950 clients institutionnels, s'apprête aussi à refuser la décharge.

Ce vote devrait se passer sans problème au vu du poids des actionnaires majoritaires. Reste à savoir s'ils pourront voter. Selon le Code des obligations, les personnes impliquées dans la gestion d'une entreprise ne peuvent pas en plus se prononcer sur l'octroi de la décharge. Ainsi, Philippe Foriel-Destezet, président du conseil d'administration d'Akila Finances qui détient 18% du capital d'Adecco, ne devrait pas voter. La réponse est moins évidente pour le second actionnaire, KJ Jacobs SA. Son ancien président, Christian Jacobs (fils de Klaus, fait partie des administrateurs qui demandent la décharge. Est-ce que la société KJ Jacobs SA peut en conséquence se prononcer sur ladite décharge? Dénouement aujourd'hui.