GESTION DE FORTUNE

«Il est peu probable que Sarasin devienne une banque néerlandaise»

Eric Sarasin, CEO de la division clientèle privée et institutionnelle de la banque privée bâloise, dévoile la vision de la famille sur la participation de Rabobank et annonce de très bons chiffres.

La banque Sarasin change de ton. Le discours de la banque privée bâloise n'est plus celui tenu en mars 2002, lorsque Rabobank a pris une participation de 28% dans son capital. A l'époque, l'établissement voyait comme une aubaine le fait d'appartenir à un grand groupe, à l'heure où les banques privées axées sur les marchés matures traditionnels connaissaient une érosion de leur fonds de commerce.

Aujourd'hui, l'indépendance redevient le maître mot: il est quasi certain, désormais, que Sarasin ne sera pas rachetée par le géant néerlandais comme prévu par l'option qui arrive à échéance en 2009. Cette dernière prévoit la possibilité de vente des actions A majoritaires détenues par la holding Eichbaum qui inclut des membres de la famille Sarasin à Rabobank. Or la famille ne semble plus disposée à vendre. Dès lors, une offre du groupe hollandais serait difficile.

La banque privée alémanique qui gère 63,5 milliards de francs d'avoirs de clientèle affine sa stratégie au moment où elle a aussi changé de patron. Le nouveau CEO venu de Credit Suisse, Joachim Strähle, remplacera dès le 1er septembre Peter Merian, après 12 ans de service. L'organisation a aussi changé. Sarasin sort, élancée, d'une période de restructuration de 18 mois. Avec le programme «SaraChange», le maître mot à Bâle a été la rentabilité. Entretien avec Eric Sarasin, CEO de la division clientèle privée et institutionnelle.

Le Temps: Quels changements visait cette restructuration?

Eric Sarasin: Nous avons rendu l'organisation plus efficace et abaissé considérablement notre ratio charges/produits (ndlr: le cost/income ratio était de 67% fin 2005). Nous avons nommé Marco Weber comme Chief Operating Officer pour la division clientèle privée et institutionnelle. Il s'occupe en priorité des aspects administratifs, tels que l'introduction de systèmes mesurant les activités des conseillers. La fixation d'objectifs et les moyens de les atteindre sont assurés par les Key Performance Indicators (KPI). Libérés du poids administratif, les conseillers disposent de plus de temps pour se consacrer à la clientèle. L'autre nouvelle division Asset Management Products & Sales est une sorte d'usine de produits et d'outils pour les autres départements.

- Qu'attendez-vous du nouveau CEO?

- Joachim Strähle apportera un souffle nouveau à l'entreprise. Ayant vécu à Singapour lorsqu'il travaillait à Credit Suisse, il a l'expérience de l'Asie et d'autres pays étrangers et contribuera à l'internationalisation, que nous mènerons à petits pas. Nous employons 160 personnes à Singapour et à Hong Kong.

- Les banques Julius Bär et Pictet ont renoncé aux activités de négoce. Qu'en est-il chez vous?

- Le négoce est regroupé chez nous avec la logistique. Cette activité offre une plateforme de soutien aux clients et à des banques tierces. Elle nous est très utile pour les devises et les produits dérivés.

- Rabobank restera-t-elle dans le capital de Sarasin?

- Il est peu probable, à notre connaissance, que Rabobank exerce son option et que Sarasin devienne une banque néerlandaise. D'autant plus que nous, propriétaires, sommes moins enclins aujourd'hui à vendre la banque. Nous préférons être indépendants. Avec le CEO Joachim Strähle, nous nous attellerons à trouver une solution pour l'avenir. Mais nos contacts sont bons avec Rabobank. Ils nous ont beaucoup aidés. Sans eux, nous n'aurions pas pu construire seuls Singapour et Hong Kong. Mais notre indépendance est très importante.

- Quels marchés vise votre stratégie d'expansion?

- Les régions à développer sont en priorité l'Europe de l'ouest (Allemagne, France, Benelux, Grande-Bretagne, Italie et Espagne). Dans certains pays, notre stratégie est «onshore», dans d'autres, offshore. A Paris et Munich notamment, nous n'avons que deux petites équipes. Les efforts sont énormes pour établir une présence significative onshore dans ces pays. Au Moyen-Orient, nous avons ouvert il y a plus d'un an à Dubaï un marché très prometteur, qui permet de cibler l'Inde. En Asie, le nom de Sarasin commence à être connu.

- Comment se sont développées vos affaires ce semestre?

- Sur les six premiers mois de 2006, nous avons connu un très bon développement des apports d'argent frais, de Suisse, d'Angleterre, d'Asie et de gros mandats institutionnels. Nous ne divulguerons qu'en août les chiffres du 1er semestre. Les trois premiers mois en particulier étaient très bons pour les marchés financiers, alors qu'avril et mai ont été faibles au plan boursier. Le reste de l'année dépendra largement des marchés.

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