Justice

Procès Avendis: les étranges manœuvres des anciens dirigeants

L’ex-patron du hedge fund genevois tombé en 2008 a été décrit mardi comme un homme-orchestre amoureux ou un pompier pyromane. Son ex-épouse est apparue comme une manipulatrice éprise de luxe

Qui sont vraiment les acteurs clés de l’affaire Avendis, jugée depuis lundi à Genève? Yann Bilquez et son ex-épouse ont au moins deux choses en commun. Avoir connu une fortune rapide grâce à la création du hedge fund genevois en 2001 et être aujourd’hui ruinés, malades et de retour devant la justice genevoise pour contester leurs premières condamnations pour gestion déloyale et blanchiment. Leurs actes et leurs relations entre ces deux épisodes ont été disséqués lors des plaidoiries, mardi.

Conflit d'intérêts

Yann Bilquez était à la fois patron de la société de gestion alternative Avendis, administrateur de ses fonds d’investissement et gestionnaire externe de ces mêmes fonds. Pour l’accusation, il a cherché à s’enrichir rapidement en faisant tourner des capitaux entre ses différents fonds d’investissement, jusqu’en 2007.

Plus particulièrement en faisant investir excessivement le fonds Enhanced Fixed Income dans un autre hedge fund maison, Golden Key, lancé en 2005 pour investir dans l’immobilier américain. «Plus la taille de Golden Key augmentait, plus Yann Bilquez touchait de commissions», résume un avocat des fonds d’Aventis, Hikmat Maleh, qui, comme la procureure Caroline Babel Casutt, met en avant un conflit d’intérêts.

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Pour la défense, Yann Bilquez a au contraire tout fait pour sauvegarder les intérêts du fonds Enhanced Fixed Income, qui avait déjà investi dans Golden Key: «Golden Key avait besoin de grandir pour obtenir une notation, ce qui aurait facilité la revente de ses parts, avec un profit important. La banque Barclays, qui devait apporter l’argent, n’a pas tenu sa promesse, mon client a donc décidé de se substituer à elle, de manière temporaire», détaille l’avocat Cédric Berger. Le fonds Golden Key finira par être emporté par la crise des subprimes.

Charles Jourdan, achat de cœur

L’acquisition du chausseur Charles Jourdan, en 2005, s’est aussi faite avec des capitaux issus du fonds Enhanced Fixed Income. Car l’opération «s’est faite dans l’urgence et seul le fonds disposait de suffisamment de liquidités», a expliqué Yann Bilquez. Cette acquisition s’est au contraire faite pour plaire à son épouse de l’époque, estime la procureure, qui décrit l’ancienne directrice d’Avendis comme une financière aguerrie obnubilée par l’argent et le luxe. En témoignent des dépenses en jets privés ou produits de luxe, approchant 3,5 millions de francs entre mi-2005 et début 2007.

L’ex-épouse, qui ne s’est jamais rendue aux audiences, est notamment poursuivie pour avoir reçu près de 14 millions de la part de Yann Bilquez entre 2004 et 2007. Des sommes que l’homme, sous l’emprise de son épouse selon son défenseur, avait prélevées sur les fonds maison, ce que l’ex-épouse devait savoir, estime l’accusation.

Millions blanchis

L’avocat de l’ex-épouse, Guillaume Fauconnet, affirme que sa cliente n’a rien fait et ne savait rien de la façon dont Avendis était dirigée. Et déclare que rien ne prouve que sa cliente a réalisé ces dépenses somptuaires ni n’en a profité. «Elle vit seule avec ses enfants, c’est tout ce qui lui reste», conclut Guillaume Fauconnet.

Pas exactement, observe Daniel Tunik, qui défend lui aussi les fonds: à la séparation du couple Bilquez, l’ex-épouse a reçu deux appartements luxueux à Paris et un chalet de standing à Megève. L’avocat est plus pessimiste concernant les millions reçus par l’ex-épouse, qui sont passés par «la blanchisseuse» des comptes offshore. Fin des audiences ce mercredi.

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