L’intervention du gouvernement suisse n’a pas impressionné le juge Alan Gold. Au contraire, la menace d’un recours au droit d’exception pour sauver la banque a eu pour conséquence – y en avait-il d’autres possibles? – de pousser les autorités américaines à la surenchère. La menace d’une saisie des biens d’UBS sur sol américain était la seule réponse au défi posé par la Suisse. Et on voit mal, dimanche soir, le Département de la justice lâcher du lest.

Curieuse contradiction entre ces sommations réciproques, et le sentiment général des Suisses qui paraissent convaincus que les Etats-Unis n’ont pas intérêt à passer aux actes. De même, la banque si mal en point ne peut pas prendre le risque de se laisser démembrer. Cette partie de poker menteur se terminera donc fatalement par un accord extrajudiciaire. C’est ce qu’assure le ministre des Finances Hans-Rudolf Merz depuis le 19 juin, enhardi par la signature d’un traité fiscal avec le Département du Trésor, l’autorité de tutelle de l’IRS. Il le répétait encore le 30 juin, alors que le ton montait à la Cour en prévision de l’ouverture du procès ce lundi. Ces propos rassurants n’ont pas plu au président d’UBS, Kaspar Villiger (lire ci-contre).

Bien malin qui pourra dire, du dos rond ou des rodomontades, quelle est l’attitude la plus propice à un accord rapide et bon marché. Ou alors les prises de bec ont-elles fait monter les enchères, jusqu’à dé­passer les 5 milliards de dollars d’amende considérés comme le seuil à partir duquel le bilan de la banque plongerait à nouveau dans le rouge?

Une autre lecture

En ce sens, l’implication soudaine de la Confédération dans le bourbier judiciaire américain pourrait se lire sous un autre jour. En s’opposant officiellement et par avance à la condamnation d’UBS, la Confédération signale sa coresponsabilité dans l’issue du bras de fer. S’il tourne à l’aigre et se conclut par une lourde amende, une participation de la Confédération à une nouvelle augmentation de capital se justifierait d’autant plus. La banque le sait – Kaspar Villiger ne dément d’ailleurs pas une telle éventualité – et ne prend donc pas autant de risques que l’on pourrait croire à jouer les va-t-en-guerre devant la justice américaine. En cas de catastrophe, d’autres essuieront les plâtres. C’est bien en cela que ce procès est devenu celui de la Suisse.