La période s’annonce troublée pour UBS. Lundi s’ouvre à Londres le procès de Kweku Adoboli, l’ancien trader qui a fait perdre à la banque l’an dernier 2,3 milliards de dollars. Pendant les six à huit semaines que vont durer les plaidoiries, les pratiques de la banque vont être mises à nu. Cela promet des échanges très musclés: le jeune homme de 32 ans, d’origine ghanéenne, plaide «non coupable». Il renvoie donc toute la responsabilité dans le camp d’UBS.

Si bien que Sergio Ermotti, le patron de la banque helvétique, a pris les devants. Il a envoyé cette semaine un courriel à tous ses employés, pour les prévenir que le procès allait être «inconfortable». «Je sais que vous avez pu être embarrassés par cet épisode. Cependant, il est important que vous ne laissiez pas les autres vous démoraliser.» Il en profite aussi pour mettre en garde ses employés contre de possibles fuites d’informations en interne: «Même si le procès apporte une forte attention des médias, il est important […] d’éviter les commentaires.» S’il effectue cet avertissement, c’est en partie pour ne pas ternir son image, mais aussi pour un problème légal: la loi britannique sur «l’outrage à tribunal» (contempt of court) est très sévère, et toute information susceptible d’influencer les douze membres du jury risque de faire annuler le procès.

L’avertissement n’était cependant guère nécessaire. Très peu d’éléments ont fuité depuis le 15 septembre 2011, quand l’affaire a éclaté. Comment exactement le trader a-t-il perdu cette somme? La réponse demeure encore très floue. Seule certitude pour l’instant: Kweku Adoboli travaillait à Londres au département «Delta 1», qui réalise des arbitrages sur les produits dérivés.

Son profil n’aide guère à y voir plus clair. Le trader, qui a été libéré sous caution mi-juin, séjourne chez un ami, surveillé grâce à un bracelet électronique. Fils d’un fonctionnaire des Nations unies à la retraite, il avait fait un parcours sans faute au sein d’UBS. L’action de celui qui est décrit comme fêtard, mais aussi très travailleur et en pleine progression de carrière, demeure incompréhensible. Après avoir longuement hésité sur sa plaidoirie, il a changé au dernier moment de tactique, pour choisir de plaider «non coupable». Pour cela, il a changé d’avocats, s’alliant à Bark and Co, un cabinet connu pour être très agressif.

Pour sa défense, UBS met en avant trois éléments. D’abord, la banque n’est pas sur le banc des accusés. Elle n’est même pas partie prenante du procès, qui est une poursuite du parquet britannique contre Kweku Adoboli. Ensuite, une seule personne comparaît. Cela semble éliminer la théorie d’un complot ou d’une tricherie plus généralisée. Enfin, la banque s’est réformée. «Nous avons amélioré nos contrôles et notre supervision interne pour qu’un événement comme celui-là ne se reproduise pas, et que, si c’était le cas, il soit détecté et contrôlé rapidement», explique Sergio Ermotti. Il ajoute que la banque a renforcé ses fonds propres, pour devenir aujourd’hui «l’une des firmes financières les plus solides au monde».

«Nous avons amélioré nos contrôles pour qu’un événement comme celui-là ne se reproduise pas»