L’ancien responsable de la société genevoise Optimal Investment Services (OIS), Manuel Echeverria, qui avait confié une partie de l’argent de ses clients au financier américain déchu Bernard Madoff, a été acquitté vendredi par le Tribunal de police de Genève de l’accusation de gestion déloyale avec dessein d’enrichissement. L’Etat de Genève devra mettre la main au porte-monnaie.

L’Etat de Genève devra verser au prévenu un million de francs pour sa perte de gain et un autre million pour ses frais d’avocats, ainsi que 15 000 francs pour tort moral.

Le tribunal a condamné le canton à payer au prévenu âgé de 55 ans 1 million de francs pour ses frais d’avocats, 1 autre million pour la perte de gain causée par la procédure judiciaire dans laquelle il a été entraîné, et 15 000 francs pour tort moral. Les avocats de l’accusé affichaient un large sourire au sortir de l’audience.

La présidente du Tribunal de police Alexandra Banna a estimé que cette affaire devait être jugée avec les connaissances qui prévalaient avant l’arrestation de Bernard Madoff, en 2008. Avant la découverte de sa gigantesque escroquerie, le financier américain jouissait «d’un grand prestige» et avait «une réputation sans tache.»

Il était par ailleurs surveillé par des régulateurs parmi les plus stricts au monde, comme la SEC, le gendarme américain de la bourse. Bernard Madoff avait mis en place «une fraude complexe et sophistiquée» et de nombreux stratagèmes pour «échapper aux contrôles» auxquels étaient soumises ses activités.

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Investisseurs informés des risques

Dans ces conditions, a estimé le tribunal, il ne peut être reproché à l’accusé, qui a tout fait à l’époque pour évaluer et analyser les risques que représentaient les méthodes de Bernard Madoff, de n’avoir pas détecté l’escroquerie. Le prévenu a même conseillé des membres de sa famille d’investir dans le fonds.

Les investisseurs qui ont confié leur argent étaient informés des risques qu’ils prenaient en participant à ce fonds. Le prospectus d’OIS contenait la stratégie suivie, et mettait en garde sur la possibilité de perdre sa mise. Bernard Madoff savait créer un sentiment d’exclusivité auprès de ses clients.

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Pas d’enrichissement personnel

La présidente Alexandra Banna a aussi balayé la circonstance aggravante de l’enrichissement illégitime. Le prévenu n’a jamais touché de commissions de la part de Bernard Madoff. Il était rémunéré par son employeur, le groupe bancaire Santander, pour lequel il a travaillé durant 18 ans.
Le prévenu avait de grandes responsabilités, avec environ 80 employés sous ses ordres. Ses activités justifiaient, selon le tribunal, le salaire et les bonus qu’il percevait. Les sommes, considérées comme énormes par le Ministère public, étaient en vérité dans la moyenne à l’époque, dans le milieu de la finance.

Le procureur Marc Tappolet avait requis une peine de 300 jours-amendes avec sursis à l’encontre de l’accusé. Optimal Investment Services agissait comme un rabatteur pour Bernard Madoff. Le financier américain s’est ainsi vu confier jusqu’à 2,7 milliards de dollars. Bernard Madoff, 77 ans, a été condamné à 150 ans de prison par la justice américaine.