Au troisième jour du procès de l’ex-numéro trois d’UBS, l’avocat de Raoul Weil a mis en cause la crédibilité du témoin appelé à la barre par le gouvernement américain. Matthew Menchel a souligné qu’Hansruedi Schumacher, le directeur du desk des clients américains à UBS à Zurich jusqu’en 2002, est toujours sous le coup d’une inculpation datant de 2009. S’adressant aux douze membres du jury, l’avocat de la défense le dit sans ambages: «La procédure habituelle (pour un inculpé) est de plaider coupable avant de pouvoir s’exprimer devant un jury. Le savez-vous?» Le témoin, emprunté, avoue son ignorance.

Matthew Menchel ne se contente pas de cette réponse. Il invoque une lettre remise par Hansruedi Schumacher aux autorités américaines lors d’une rencontre avec des agents de l’Internal Revenue Service, le fisc américain, à l’hôtel Marriott de Marble Arch à Londres les 19 et 20 août de cette année. Signé par Jason Poole, un avocat de l’accusation et de Peter Raben, l’avocat du témoin, le document stipule que l’ex-directeur du desk américain d’UBS bénéficie d’une immunité limitée. Si Hansruedi Schumacher s’est résigné à prendre contact avec les autorités américaines, c’est parce qu’il nourrit l’espoir d’obtenir une résolution plus favorable de son cas en échange de sa coopération avec la Justice américaine. Mais l’avocat Matthew Menchel s’interroge et revient à charge. Le témoin de l’accusation a tenté depuis juin 2013 à prendre contact avec les autorités américaines pour sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Sans succès dans un premier temps. Fortement handicapé par son inculpation, ce Zurichois qui a brièvement étudié dans une école jésuite de Suisse romande dans son jeune âge, a dirigé la Neue Zürcher Bank, une institution indépendante de gestion de fortune après son départ d’UBS en 2002. Celle-ci, qui collaborait avec la Banque cantonale de Zurich (ZKB), a dû fermer ses portes. Depuis Hansruedi Schumacher est resté confiné cinq ans durant en Suisse, de peur de se faire arrêter. Avant de rencontrer son bourreau à Londres.

«Soudain, deux mois avant le procès de Raoul Weil, vous obtenez rapidement une lettre du gouvernement (américain)», s’étonne le représentant de la défense qui croit peu au hasard du calendrier. Matthew Menchel met en garde l’ex-responsable du desk américain contre ce qu’il décrit comme un marché de dupe. Il lui fait remarquer qu’en qualité de témoin, il a passé deux jours à dire tous les crimes qu’il avait commis, mais qu’il n’a pour l’heure aucune garantie du gouvernement américain précisant qu’il pourra ultérieurement bénéficier d’une résolution favorable de son cas. La lettre le stipule: Hansruedi Schumacher doit assurer qu’il dira toute la vérité lors de son témoignage au cours du procès de Raoul Weil devant la cour fédérale de Fort Lauderdale en Floride. Les informations qu’il livre en Floride pourront par ailleurs être utilisées dans d’autres enquêtes. L’ex-banquier zurichois «est constamment évalué avant qu’un accord puisse être finalisé», ajoute Matthew Menchel citant l’accord conclu entre l’IRS et Hansruedi Schumacher. L’ex-cadre d’UBS semble avoir conscience de la situation fragile dans laquelle il se trouve. En fin de journée jeudi, il le lâche: «Je m’attends à un procès.» Le procès reprendra lundi à Fort Lauderdale.