A quelques jours de ses 55 ans, Raoul Weil, l’ex-chef mondial de la gestion de fortune d’UBS a été jugé «non coupable » par les douze jurés d’une cour fédérale de Fort Lauderdale en Floride. Les délibérations du jury ont été expéditives. Un coup de théâtre de la part des avocats de la défense, lundi après-midi, laissait déjà présager une telle issue. Ces derniers avaient décidé de renoncer à faire appel à la barre au moindre témoin pour étayer leur thèse selon laquelle Raoul Weil n’était pas personnellement responsable de l’agissement de plusieurs banquiers d’UBS qui ont incité quelque 17 000 clients américains à soustraire à l’Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain, quelque 20 milliards de dollars.

L’accusation emmenée par le procureur Mark Daly a pourtant tout tenté pour prouver que Raoul Weil, à la tête de 51 000 collaborateurs actifs dans la gestion de fortune de 2002 à 2009, était au courant des pratiques d’UBS sur sol américain. Elle a ainsi appelé à la barre l’ancien responsable du desk des clients américains à Zurich, Hansruedi Schumacher qui a expliqué en détails les techniques pour échapper à l’attention des autorités américaines lorsque les conseillers à la clientèle d’UBS voyageaient aux Etats-Unis pour y rencontrer des clients. Mais aussi le chef de la gestion de fortune pour l’Amérique du Nord et l’Amérique latine, Martin Liechti qui n’a jamais hésité à montrer à quel point Raoul Weil était au courant de ce qui se passait aux Etats-Unis. Aaron Marcu et Matthew Menchel, les deux avocats de l’ex-numéro trois d’UBS, désormais acquitté, ont habilement montré que pour Raoul Weil, les Etats-Unis ne représentaient que 1% des fonds gérés à travers le monde. Le témoignage du banquier Georg Marti, qui a évoqué la visite effectuée par lui-même, un autre collaborateur et Raoul Weil, à des clients américains à Miami en 2002, n’a manifestement pas été suffisant pour convaincre le jury de la culpabilité du Bâlois au-delà d’un doute raisonnable. Matthew Menchel a par ailleurs traité le principal témoin de l’accusation Martin Liechti de «criminel et de menteur . C’est un cas pathologique».

L’accusation a livré un plaidoyer qui était presque un aveu de défaite: «Il était question de cupidité et de gagner de l’argent. Et l’accusé n’était pas aveugle (à ces faits).» Au cours du procès, qui devait avoir valeur d’exemple, elle a bâti sa stratégie en cherchant dans un premier temps à donner une vision globale des nombreuses violations du droit américain perpétrées par des banquiers d’UBS. Elle a ainsi appelé à la barre des témoins qui avaient toutes les raisons de charger le bateau, étant eux-mêmes au bénéfice d’un accord de non-poursuite pénale (non-prosecution agreement). L’avocat de la défense Matthew Menchel a, à de multiples reprises, demandé aux témoins de l’accusation si le gouvernement américain les avait mis sous pression pour accabler Raoul Weil. Il a cherché à montrer que le statut de ces derniers, fragile, pouvaient les inciter à alourdir la responsabilité de l’ex-numéro trois d’UBS pour obtenir en contrepartie la bénédiction de la Justice américaine. Fait frappant: les autorités américaines ont confié à la défense près de quatre millions de documents censés prouver la culpabilité de Raoul Weil. «Une manière de mettre toute la vaisselle dans l’évier, s’est exprimé un observateur lors du procès de Fort Lauderdale. Une manière de noyer le poisson car le gouvernement n’avait pas de preuve tangible. » Au cours des trois semaines de procès, ce fut en effet la gageure de l’équipe du procureur Mark Daly: présenter aux douze membres du jury la preuve écrite, un courriel ou un document, qui démontre noir sur blanc que Raoul Weil avait activement participé au système de fraude à large échelle du fisc américain.

Pour Raoul Weil, qui encourait cinq ans de prison, c’est manifestement un soulagement. Durant le procès, l’ex-cadre d’UBS n’a jamais perdu son calme. Plus tendu qu’à l’accoutumée lors du témoignage de son subordonnée Martin Liechti, il est le reste du temps apparu plutôt décontracté. Son épouse a assisté à toutes les séances du tribunal présidé par le très caustique juge James Cohn, un natif d’Alabama nommé à la Cour fédérale de Fort Lauderdale par George W. Bush. Pour la justice américaine en revanche, c’est une amère défaite. Déjà accusée par les sénateurs républicain et démocrate John McCain et Carl Levin de n’avoir pas sévi suffisamment contre des banquiers ayant violé les lois américaines, elle n’a visiblement pas pu profiter des flots d’informations dont elle a hérité à la suite de nombreuses dénonciations volontaires de clients américains d’UBS auprès de l’IRS.