Procès Weil: le témoin clérésiste aux assauts de la défense

Justice L’avocat de Weil invoque la hiérarchie pour expliquer les attaques de Martin Liechti

L’avocat de Raoul Weil est passé à l’offensive. Vendredi, lors du huitième jour du procès de l’ex-numéro 3 d’UBS accusé d’avoir aidé des clients américains à frauder le fisc pour près de 20 milliards de dollars, Matthew Menchel a tenté de montrer que le problème, ce n’était pas son client, mais le témoin Martin Liechti. Et pour cause. Chef de la gestion de fortune pour l’Amérique du Nord et latine de 2001 à 2008, ce dernier a achevé la journée de jeudi en brandissant un classeur plein de documents qu’il avait compilés après avoir reçu, le 6 février 2008, un courriel d’avertissement. Le service juridique de la banque lui indiquait qu’il était sur le point de lui confisquer ses e-mails. Martin Liechti s’est même effondré en larmes, animé par le sentiment qu’il avait été lâché par son employeur. La scène n’a pas ému l’avocat de la défense. Vendredi, celui-ci s’est appliqué à montrer que la démarche entreprise par Martin Liechti avait avant tout pour objectif d’anticiper les éventuels problèmes pénaux que le témoin aurait pu avoir avec les Etats-Unis.

Suivi les ordres

Répliquant aux interrogations incisives et sémantiques de Matthew Menchel, qui a essayé de prendre le témoin à défaut à propos d’une lettre du cabinet d’avocats Baker & McKenzie précisant qu’il y avait urgence à agir par rapport aux clients américains non déclarés, Martin Liechti, calme, l’a admis: ses réponses seraient beaucoup plus précises en français, l’anglais n’étant que sa troisième langue. «Vous voulez un traducteur?» a demandé, provocateur, l’avocat de Raoul Weil, qui a poursuivi: «Assumez-vous une quelconque responsabilité pénale» pour ce qui s’est passé à UBS? Marti Liechti répond par la négative, ajoutant: «J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour qu’on soit pleinement en conformité avec les Etats-Unis.» «Vous n’avez fait que suivre les ordres?» insiste Matthew Menchel. «Sur de telles questions, oui», a rétorqué l’ex-chef des Amériques.

Pour tester le témoin, qui a conclu en 2008 un accord de non-poursuite pénale pour autant qu’il coopère avec la justice américaine et dise la vérité, Matthew Menchel a joué sur la corde humaine, demandant à Martin Liechti s’il éprouvait du ressentiment envers Raoul Weil, promu à un poste plus élevé que lui. Le témoin a balayé ce soupçon en une phrase, expliquant qu’il était fier d’avoir grimpé dans la hiérarchie de la banque malgré le fait de n’être pas allé à l’université et d’avoir fait ses gammes dans un apprentissage bancaire. «Et nous étions des amis», a ajouté Martin Liechti. Matthew Menchel, peu convaincu par l’argument, a relevé qu’il y avait «toujours des tensions» entre son client et le témoin à l’époque où ils travaillaient dans le même bureau, «l’aquarium», au siège de Zurich.

Dans une stratégie visant à montrer que l’existence de comptes détenus par des clients américains non déclarés n’était pas illégale en vertu de l’accord fiscal conclu en 2000 par UBS et l’Internal Revenue Service au sujet du statut d’intermédiaire qualifié, l’avocat de Raoul Weil a pris un exemple très simple. Si un millier de clients américains étaient venus en Suisse pour ouvrir un compte non déclaré, a-t-il demandé, était-ce légal en vertu de l’accord qui venait d’être conclu? Pour Martin Liechti, c’était légal. Ce qui ne l’était pas à ses yeux, c’était d’aller à la conquête de clients sur sol américain.