Au cœur des marchés

Le prochain tour de sac chinois déroutera le monde

Il est de bon ton pour les grands médias financiers occidentaux de se méfier de la bourse chinoise. Opacité, népotisme, manipulation, tous les arguments sont bons pour dévaloriser les marchés financiers de l’Empire du Milieu. Il n’empêche, les chiffres sont là: la bourse de Shanghai a doublé au cours de ces douze derniers mois et il est probable que le rattrapage n’en soit qu’à ses débuts. Les résultats, à Hongkong, pour l’année en cours rivalisent aussi avec ceux des bourses européennes.

Pour mieux comprendre une telle hypothèse, il convient de garder deux choses à l’esprit: d’une part, le cadre général d’une économie qui n’a pas eu recours à l’endettement et, d’autre part, la mise sur pied d’un système de paiement mondial du renminbi.

La CIPS (China International Payments System) doit permettre dans un avenir rapproché à la Chine de traiter jour et nuit sa devise à des prix réduits et selon les standards internationaux, mieux connus sous le nom de SWIFT. Une des difficultés pratiques vient de la nécessité de pouvoir traiter les ordres et en caractères latins et en idéogrammes. Mais une fois en place, de tels mécanismes rendront à terme la monnaie chinoise pleinement convertible et risquent par la même occasion de faire revenir à la maison les immenses positions d’obligations du Trésor américain détenues par la Chine.

Sous une pure apparence technique, un tel programme, dès qu’il sera devenu opérationnel, serait bel et bien un tremblement de terre pour la finance occidentale, qui n’a jamais connu de vrais concurrents. Sachant de surcroît que le renminbi demeure une monnaie sous-évaluée, la tentation sera grande pour les investisseurs mondiaux d’y bâtir de grosses positions.

Pour revenir à l’économie chinoise, il convient de rappeler quelques principes très simples: la croissance chinoise s’appuie sur de vrais besoins d’infrastructures – routes, réseaux informatiques, comme d’ailleurs la dépollution plus que nécessaire des villes chinoises – et puise ses ressources dans une épargne réelle. Nous sommes donc loin des dépenses sociales financées à crédit qui caractérisent nos sociétés depuis plus de quarante ans.

Mais nombre de nos analystes insistent sur le risque du crédit. Or, ce dernier est contrôlé par l’Etat et c’est justement la limitation de ce levier qui est en train de réduire le taux de croissance chinois. Donc, on ne peut pas tout dire et son contraire à propos de l’économie chinoise, dont les responsables savent parfaitement qu’il s’agit pour eux de passer d’une primauté d’investissement à une logique de consommation pour nous concurrencer vraiment.

En bref, l’atterrissage difficile promis à la Chine n’est pas pour demain; en d’autres termes, il se pourrait bien que ses marchés boursiers surperforment les nôtres ces prochaines années.

* Consultant indépendant