Oublier les CDS, RMBS, ABS et autres «Frankenstitres» de la crise financière de 2008. La prochaine bulle ne nécessitera pas un doctorat en mathématique financière. «Il reste encore un déséquilibre mondial sur le marché des actifs financiers», a prévenu Ricardo Caballero, professeur au Massachusetts Institute of Technology, lors de son passage à la conférence de l’IHEID. «Et ce déséquilibre concerne les actifs les plus sûrs, comme les emprunts obligataires «AAA», a-t-il poursuivi.

La frénésie actuelle pour les placements ultra-sûrs ne ferait ainsi que répliquer celle ayant fait gonfler les différentes bulles financières depuis la crise ayant mis le Japon à genoux il y a vingt ans: immobilier ou sociétés technologiques du Nasdaq. «Le manque d’actifs sans risque par rapport à la demande qu’ils suscitent pourrait s’avérer plus problématique… car ces titres sont beaucoup plus difficiles à créer», avertit Ricardo Caballero. En clair, très peu de pays continuent d’émettre des emprunts bénéficiant du sceau «AAA». La Suisse et treize autres pays, pas plus. Que faire? «Il faudra transformer des actifs risqués en titres sans risque, ce qui demandera de l’ingénierie et une grosse implication du secteur financier», poursuit celui qui présida entre 2008 et 2011 le prestigieux Département d’économie du MIT. La crise des «subprime» a montré les limites de ces exercices d’apprenti sorcier. Et celles de titres «AAA» concoctés à partir de prêts immobiliers américains. «Le problème reste surtout que les titres ainsi créés ne sont pas sans risque d’un point de vue systémique», résume le professeur d’origine chilienne.

Autre menace

Ce dernier ajoutera en aparté craindre une autre menace. Celle liée à des taux d’intérêt qui resteront à des niveaux planchers «pendant très longtemps». Pas en raison de la volonté des banquiers centraux. Mais à cause de la demande des investisseurs. «Des pans entiers du système financier – pensez aux compagnies d’assurance – fonctionnent mal avec des taux proches de zéro», ajoute Roberto Caballero. Autant d’institutions qui vont «devoir se lancer dans des placements plus risqués» pour survivre. Ce qui pourrait ouvrir la voie à la prochaine crise.