«Si nous devons intervenir au mois d’août, ce sera très, très compliqué» A l’issue du Conseil des ministres des Finances de la zone euro, le 10 juillet, certains de leurs conseillers s’avouaient inquiets. Bis repetita au sortir du Conseil des gouverneurs de la BCE à Francfort: «Les prochaines semaines seront longues, expliquait jeudi à Bruxelles un diplomate. Il va nous falloir des nerfs solides.»

La première raison de cette inquiétude européenne est la paralysie, de fait, des fonds de secours de la zone euro. Mario Draghi a lié hier une éventuelle reprise des achats obligataires par la BCE à leur intervention préalable, tout en ajoutant que l’institut d’émission n’envisage pas, à ce stade, de leur octroyer une licence bancaire. Limpide: le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son successeur, le Mécanisme européen de stabilité (MES), sont ligotés tant que les juges constitutionnels allemands ne se seront pas prononcés sur le MES, le 12 septembre. «Il manque une pièce au puzzle: celle de Karlsruhe», déplore-t-on à la Commission.

Echéance pour la Grèce

Second motif de cette inquiétude bruxelloise: la spirale des effets d’annonce. L’attente générée par les déclarations, la semaine dernière, du président de la BCE – sur fond de déconfiture économique espagnole et des difficultés rencontrées par la Grèce pour mettre en œuvre les réformes prévues – montre l’extrême volatilité des marchés. Or Athènes (d’où les experts de la troïka repartiront dimanche) doit, le 20 août, rembourser 3,2 milliards d’euros à la BCE et pourrait alors, se retrouver en quasi-cessation de paiement.

«Ce qu’il faut, c’est empêcher le déraillement», complète-t-on à Bruxelles, où l’on avance deux autres soucis. Le premier est la «fragmentation» des marchés, qui voit les prêts entre banques européennes diminuer, et les capitaux se réfugier vers les pays «sûrs» de la zone euro, où la solidarité fait de moins en moins recette. Et les élections législatives néerlandaises qui auront, elles aussi, lieu le 12 septembre, suivies dans la foulée d’une rencontre informelle des grands argentiers de l’UE à Chypre les 14 et 15. Difficile, dès lors, de ne pas parier sur un sommet exceptionnel des chefs de gouvernement de l’UE fin août ou début septembre. En tout cas bien avant celui prévu les 18 et 19 octobre.