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La productivité de la recherche pharmaceutique est en question

Au fil des ans, les modèles de découverte de nouveaux médicaments ont changé. La course à l’innovation passe par la gestion d’une masse de données génétiques

La productivité de la recherche pharmaceutique est en question

Santé Au fil des ans, les modèles de découverte de nouveaux médicamentsont changé

La course à l’innovation passera par la gestion d’une masse de données génétiques

Dans le cadre du deuxième volet de la série sur la transformation de l’industrie pharmaceutique, Le Temps aborde le thème de l’évolution des modèles de recherche et développement de nouveaux médicaments.

La quête est incessante. L’homme tente de repousser la maladie dans ses derniers retranchements, mais malgré les énormes progrès de la médecine et les découvertes scientifiques des centres de recherche universitaires et de l’industrie pharmaceutique, de nombreuses maladies restent incurables. Le décryptage du génome humain, annoncé en juin 2000, et publié en 2003, n’a pas provoqué la percée scientifique immédiate que beaucoup attendaient. Mais les progrès effectués dans la compréhension des mécanismes biologiques complexes qui conduisent au dysfonctionnement du corps humain, même si le chemin est plus long que prévu, sont évidents.

Franz Humer, ancien patron de Roche, affirmait ce printemps: «Il était impossible d’imaginer, il y a quarante ans, lorsque j’ai commencé à travailler dans l’industrie pharmaceutique, où nous en sommes aujourd’hui. Et dans quarante ans, les gens qui examineront la manière dont nous traitons de nombreuses maladies aujourd’hui diront que nous étions au Moyen Age.»

Les grands groupes pharmaceutiques, comme Pfizer, Merck, Bayer ou Roche, créés il y a plus de cent ans, ont le plus souvent fondé leur essor sur la commercialisation d’une découverte révolutionnaire à leur époque. Ce fut la pénicilline pour Pfizer, qui a transformé la lutte contre les infections, l’aspirine pour Bayer, qui a permis de traiter la douleur, ou la vitamine C et la découverte d’antibiotiques pour Roche.

La phase suivante de croissance de cette industrie, au début des années 2000, est liée au lancement de médicaments efficaces contre des affections touchant une large population, en particulier les maladies cardiovasculaires, le diabète ou l’élimination du «mauvais» cholestérol. C’est sur cette base que le groupe américain Pfizer est devenu numéro un mondial, non pas en inventant des médicaments, même si le Viagra est sorti de son laboratoire européen, fermé en 2011, mais en achetant des entreprises qui possédaient la perle rare.

Avec l’acquisition de Warner-Lambert en l’an 2000 pour 111,8 milliards de dollars, Pfizer s’empare du Lipitor. Ce médicament contre la formation de cholestérol reste à ce jour le produit qui a généré le chiffre d’affaires le plus élevé, soit 12,7 milliards de dollars par an, loin devant le Diovan, le médicament contre l’hypertension de Novartis, dont les ventes maximales annuelles ont dépassé 6 milliards de dollars.

La protection par les brevets provoque une forme d’instabilité de l’industrie. La particularité de l’industrie pharmaceutique qui lui permet, par l’instauration d’une protection commerciale de dix à douze ans via le brevet, d’engranger de gros bénéfices, explique aussi les turbulences de ce secteur marqué par de brusques changements de cap et des pertes d’emplois massives à l’approche de la perte de brevets majeurs.

La première priorité de chaque grand groupe pharmaceutique consiste donc à trouver des relais de croissance par l’innovation ­contenue dans de nouveaux médicaments. Il la recherche soit en poussant ses propres équipes scientifiques, soit en achetant des projets de développement à l’extérieur ou des entreprises qui sont en train de découvrir de nouvelles ­pistes.

La course aux médicaments contre le cancer, qui regroupent aujourd’hui plus du tiers des molécules en développement, constitue la troisième étape majeure du développement de l’industrie pharmaceutique. En achetant la biotech américaine Genentech, Roche a pris la tête de ce mouvement, suivi par Novartis, entré un peu par hasard dans ce secteur il y a une dizaine d’années grâce au développement du Glivec, médicament contre une forme de leucémie.

La recherche de l’industrie pharmaceutique est entrée depuis peu dans une nouvelle phase, la médecine personnalisée, grâce à l’exploitation des profils génétiques des patients pour développer des médicaments ciblés. Ces nouvelles techniques scientifiques font notamment appel à une stimulation biologique, via l’activation ou la désactivation de mécanismes immunitaires, pour lutter contre une forme précise de maladie.

Les premiers médicaments de ce type sont déjà disponibles dans la lutte contre certaines formes de cancer, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour pouvoir traiter de cette manière les maladies du système nerveux central. Longtemps accusée de freiner la recherche par des procédures d’homologation trop longues et une prise en considération trop importante des effets secondaires des médicaments, l’autorité américaine FDA a introduit depuis deux ans des formes d’examen prioritaire de certains dossiers. Le nombre de nouveaux médicaments approuvés, 39 en 2012 et 27 l’an dernier, se situe ainsi nettement au-dessus de la moyenne de ces dix dernières années.

La productivité reste cependant faible puisque 10% seulement des nouveaux médicaments qui sont testés sur des êtres vivants terminent la course d’obstacles d’efficacité et de sécurité, et peuvent être commercialisés. L’espoir de l’industrie est donc de pouvoir accéder, à moyen terme, aux vastes banques des données de santé de la population pour parvenir à faire le lien entre un profil génétique, désormais peu coûteux à réaliser, et le développement de telle ou telle maladie. La mise au point de nouveaux médicaments avec de meilleures chances de succès en serait grandement facilitée.

ö Prochain article lundi 21 juillet: l’évolution de la demande et le rapport qualité-prix

«Dans 40 ans, les gens diront que nous étions au Moyen Age en termes de traitement des maladies»

Seuls 10% des nouveaux médicaments terminent la course d’obstacles d’efficacité et de sécurité

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