L'année 2000 aura été faste pour l'économie suisse. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 3,4%, affichant ainsi son plus fort taux de croissance depuis dix ans. En 1999, cette progression n'atteignait que 1,5%. Cette forte hausse résulte principalement des six premiers mois, dans la phase de reprise après la crise asiatique. Quant au dernier trimestre 2000, il fait apparaître un ralentissement de la croissance à 1,8% par rapport au trimestre précédent.

Le tassement enregistré durant les mois d'octobre à décembre ramène l'économie helvétique à des niveaux qui correspondent plus à son potentiel de croissance à long terme. Durant cette période, les exportations et les investissements en biens d'équipement ont constitué les principaux moteurs de l'activité. Les premières ont affiché une belle augmentation de 7,1%, provenant majoritairement des exportations de services (services bancaires et nuitées d'hôtes étrangers). Concernant les biens d'équipement, la progression des investissements atteint 11% et touche toutes les catégories de biens (machines et appareils, technologies de l'information, véhicules utilitaires). Suivant cette bonne conjoncture, les importations de biens et services ont aussi augmenté (+9,9%). En revanche, la consommation des ménages privés s'est révélée relativement modérée (+1%), en raison de la faible évolution des achats de marchandises.

Situation de plein-emploi

En réaction à l'envolée de 2000, Aymo Brunetti, du Secrétariat d'Etat à l'économie, a déclaré qu'«avec cette forte expansion, l'économie suisse avait comblé ses déficits de croissance des années 90». Parallèlement, la commission pour les questions conjoncturelles (organe consultatif du Conseil fédéral dans le domaine) estime que le rythme de croissance pour 2001 devrait se stabiliser à 2%, suivant la tendance amorcée au deuxième semestre 2000. Un taux de 2,25% pourrait toujours être atteint, en raison de l'augmentation des revenus soutenant la consommation des ménages privés. Cette tendance devrait se matérialiser particulièrement dès la mi-année.

Les perspectives conjoncturelles dépendent évidemment fortement du climat international, c'est-à-dire des Etats-Unis et de l'Europe. Les premiers doivent se prémunir contre un ralentissement trop brutal de leur économie. Quant à l'Union européenne, principal marché pour les exportations suisses, elle devra compenser la perte de dynamisme de l'Oncle Sam. Delia Nilles, du Centre de recherches économiques appliquées (Créa) de l'Université de Lausanne, abonde dans ce sens et prévoit une croissance moyenne du PIB de 2,1% pour l'année en cours. Selon cette observatrice du marché helvétique, «on se trouve actuellement dans une situation de plein-emploi. Il existe encore une faible marge de compression du chômage, jusqu'à un taux de 1,6%».

Pour Fabio Alessandrini, économiste chez Lombard Odier & Cie, «la hausse moyenne du PIB devrait atteindre 2,3% en 2001, avec une possible révision à la baisse de ce chiffre. Outre le climat international, l'évolution économique va aussi dépendre de la consommation privée, dont le résultat médiocre au dernier trimestre représente vraiment une surprise. En effet, avec des indicateurs au beau fixe – faible chômage, grande confiance des consommateurs, taux d'intérêt faibles, on pouvait s'attendre à une consommation plus soutenue». Ces indicateurs se trouvant toujours au vert, les a priori sont toujours positifs jusqu'à fin décembre.

Concernant la politique de la Banque nationale suisse, elle ne semble apparemment n'avoir aucune incitation actuellement pour baisser ses taux directeurs. En effet, la croissance demeure robuste et le risque d'inflation maîtrisé.