Coûts

Les produits financiers gratuits sont une réalité

Des ETF gratuits ont été lancés aux Etats-Unis. Les frais des fonds de placement diminuent encore en Europe et se rapprochent de zéro. La finance est-elle devenue philanthropique?

Des fonds de placement gratuits? «Je suis économiste de formation et j’ai appris qu’il n’existait pas de repas gratuit. Quelque part, quelqu’un paie pour ces produits», déclare Jacques-Etienne Doerr, responsable de Vanguard en Suisse.

Pourtant, le géant des fonds de placement Fidelity a lancé des fonds sans commissions (zero fee) aux Etats-Unis en août. Le succès est au rendez-vous puisque les deux premiers fonds (FZROX sur le Nasdaq et FZILX sur les marchés internationaux) ont attiré un milliard de dollars en un mois. «La concurrence est devenue si intense aux Etats-Unis que la société n’avait pas d’autres moyens pour dépasser ses rivaux», avance le magazine spécialisé MoneySense. Ce dernier a le sentiment qu’il s’agit d’un produit d’appel.

Une offre réaliste? 

Les experts du marché suisse des ETF sont unanimes: cette offre gratuite n’est réaliste que si l’émetteur récupère ses coûts ailleurs. Cette stratégie est possible par exemple en distribuant au client attiré par les fonds gratuits d’autres produits à marge plus élevée afin de subventionner les produits sans frais. Le consensus est général sur un point: Fidelity n’est pas une fondation philanthropique, mais une société familiale qui gère plus de 2000 milliards de dollars d’actifs.

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Dans le cas des fonds dits gratuits, c’est-à-dire des produits dont le total des frais annuels sur encours («Total Expense Ratio» de 0) est nul, ces derniers sont en réalité financés par l’émetteur, selon Vanguard. L’objectif d’un émetteur habituel consiste à offrir une gamme de produits assez large pour générer un effet d’échelle et réduire ses coûts. Plus les fonds sous gestion sont abondants et plus le coût relatif des produits est bas. «Avec le temps, chaque produit doit parvenir à se financer lui-même», indique l’expert de Vanguard.

Ne pas regarder que les frais

«Le diable se cache dans les détails. En vérité, un produit à zéro commission n’est peut-être pas la meilleure option pour un investisseur», avance Nima Pouyan, responsable d’Invesco en Suisse. D’autres facteurs tels que les frais de transaction contenus dans le fonds (lorsque ce dernier achète et vend des titres) et l’impôt anticipé déterminent davantage la performance que la commission, poursuit l’expert. Nima Pouyan en veut pour preuve l’ETF Euro Stoxx 50 de son groupe qui présente une superformance de 0,53% après les frais l’an dernier.

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Invesco reconnaît que la tendance à la baisse des commissions se maintient. Ses propres ETF sur les actions américaines et européennes (S&P 500 et Euro Stoxx 50) sont offertes à des frais de gestion de seulement 0,05% par an. Cependant, «nous n’avons pas et ne prévoyons pas de lancer des produits à zéro commission», déclare Nima Pouyan.

Le son de cloche est semblable chez DWS, le gérant de fonds de Deutsche Bank. «Les frais forfaitaires annuels ne représentent qu’une partie des coûts. Il est important de le savoir lors des comparaisons de produits», indique Sven Württemberg, responsable de la distribution des fonds passifs en Suisse auprès de DWS. D’ailleurs «à quoi me sert un produit bon marché, si sa valeur intrinsèque s’écarte de l’indice et si sa liquidité est si faible qu’elle ne permet pas de le traiter en bourse», interroge-t-il. L’investisseur devrait, à son avis, prendre garde de choisir un indice représentatif, un produit capable d’offrir le rendement de l’indice, et une liquidité élevée. L’expert de DWS confirme toutefois que «la tendance à la baisse des frais dans la gestion passive se poursuit depuis plusieurs années».

Même le gérant de fonds Fidelity ne propose pas en Europe l’offre gratuite disponible aux Etats-Unis. Son entité américaine est d’ailleurs séparée de Fidelity International, laquelle comprend toutes les régions hors des Etats-Unis. «Nous revoyons régulièrement notre offre mais nous ne planifions pas l’introduction de tels produits (ETF sans commission)», révèle son porte-parole. Fidelity International précise que les frais globaux courants (OCF) sont déjà concurrentiels et atteignent 0,06% pour le Fidelity Index US Fund et 0,10% pour le Fidelity MSCI Europe Fund.

La grande diversité des sources de frais d’un ETF

L’investisseur a parfois l’impression de se perdre dans le maquis des coûts. Il faut donc distinguer les différentes sources de frais et leur possible ajustement. «L’écart entre les prix d’achat et de demande est encaissé par le courtier pour son service, mais pas par l’émetteur du produit financier», observe Jacques-Etienne Doerr.

L’indice de référence de l’ETF est aussi une source de coûts pour l’émetteur. Ce dernier doit en effet financer des frais de licence. Dans le cas des fonds à «0 fee» de Fidelity, ce sont des produits indiciels fondés sur des indices construits par la société de Boston elle-même.

Si un produit a une taille modeste, les frais de gestion et coûts de licence d’un indice de référence sont relativement plus élevés

Jacques-Étienne Doerr, responsable de Vanguard en Suisse

D’autres charges interviennent qui accroissent le total des coûts (TER). Les frais de transaction du produit sont directement déduits de la performance, selon Jacques-Etienne Doerr. Leur étendue est inconnue de l’investisseur lors de l’achat du produit. Elle est fonction du marché, de l’approche de réplication de l’ETF (physique ou synthétique) et surtout des flux de capitaux qui alimentent les produits. Les coûts comprennent également les frais de gestion (portfolio management fees) et les charges qui pèsent sur chaque fonds, c’est-à-dire les frais administratifs, d’audit et de garde des titres (custody) . 

«Si un produit a une taille modeste, les frais de gestion et coûts de licence d’un indice de référence sont relativement plus élevés», explique Jacques-Etienne Doerr. Cela dépend toutefois de l’arrangement avec l’émetteur de l’indice. Si ce dernier impose un coût fixe pour l’utilisation de l’indice, les frais seront dégressifs avec le temps si le volume d’actifs du produit s’accroît. Mais si les frais sont calculés en points de base, ils se maintiennent forcément au même niveau. Il ne reste alors comme solution, pour réduire les coûts de l’émetteur, que de bénéficier d’économies d’échelle dans les frais de gestion et d’administration et parfois dans les coûts dépositaires si l’arrangement est calculé en frais fixes.

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