C’est un petit carré de quelques centimètres, qui rappelle l’étiquette énergie collée sur les frigos et les emballages d’ampoules, informant sur leur consommation de courant. Le nutri-score, lui, se lit de gauche à droite et renseigne en un coup d’œil sur la valeur nutritionnelle des aliments: de la lettre A sur fond vert foncé, pour les aliments riches en fibres, en légumes et en protéines notamment, à la lettre E sur fond rouge, pour ceux contenant de grandes quantités de sucre, de sel et de graisses saturées. En passant par les grades intermédiaires vert clair, jaune et orange. Encore rare dans les rayons des supermarchés helvétiques, il sera bientôt apposé sur les emballages des produits Nestlé.

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Le géant vaudois de l’alimentation, qui a officialisé sa décision mercredi, se défend d’avoir cédé à une quelconque pression, à la suite de l’adoption de ce système par son grand concurrent Danone, l’automne dernier déjà. Sa démarche est liée au soutien que la Confédération a apporté au nutri-score ce printemps: «Cet étiquetage est largement soutenu par les organisations de consommateurs et les autorités de santé publique de plusieurs pays européens», justifie Stéphanie Collier-Blanc. «Il apparaît en outre qu’il est bien compris du grand public», ajoute la responsable du département de nutrition et d’évaluation sensorielle de Nestlé pour le marché helvétique, citant des études officielles.

Dès la fin de l’année

Son introduction se fera dans un premier temps dans les pays qui se sont prononcés en faveur de cet étiquetage, à savoir la Suisse, la France et la Belgique. «Un plan de mise en œuvre sera présenté à l’automne et les premiers emballages seront adaptés dès l’hiver», poursuit Stéphanie Collier-Blanc. Chaque marque signataire a vingt-quatre mois pour faire les changements, selon les délais prévus par ce système.

Le nutri-score, élaboré en France, est encore peu visible en Suisse. Outre quelques produits Danone, on le retrouve sur les emballages de jambons et plats cuisinés Fleury Michon, l’un des 110 autres fabricants de l’Hexagone à avoir introduit le système.

Détaillants sceptiques

«Cet étiquetage est utile avant tout pour les produits transformés», note Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC). En ce sens, la décision de Nestlé, qui en compte une large gamme dans son portefeuille, représente un signal fort.

Mais une adoption par les grands distributeurs Migros et Coop sur leurs produits en marque propre serait l’étape décisive vers sa généralisation, selon la spécialiste. Elle juge par ailleurs «incompréhensible» qu’ils ne le fassent pas encore.

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Pour l’heure, les détaillants se montrent critiques. «Ce système d’évaluation dénué de transparence ne tient pas compte des besoins nutritionnels individuels des consommateurs ni des quantités ingérées», écrit la Communauté d’intérêts du commerce de détail suisse. Elle représente les deux géants orange ainsi que Denner et Manor dans les discussions avec la Confédération.

Deux tables rondes organisées sur la thématique du nutri-score par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) ont réuni ce printemps les principaux producteurs et détaillants helvétiques. Une troisième rencontre est prévue la semaine prochaine, à laquelle prendront part les organisations de consommateurs, les représentants de la promotion de la santé, ainsi que les entreprises ayant pris la décision d’opter pour ce système d’étiquetage. Son introduction se fera sur une base volontaire, précise l’OSAV, comme c’est le cas au niveau européen.