Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Des câbles relient des ordinateurs à un serveur.
© Jon Elswick

Fintech

Les produits «pair-à-pair» attirent les institutionnels

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que les transactions de crédit effectuées directement entre deux postes mis en réseau, sans transiter par un serveur central, n’ont pas encore fait ses preuves dans des conditions économiques difficiles

Permettre à des particuliers de refinancer leurs dettes à coût avantageux d’un côté et à des épargnants de bénéficier d’un taux attractif de l’autre, c’est la proposition de l’américain Lending Club qui, le premier, avait trouvé un modèle automatisé permettant ces deux communautés en faisant correspondre leurs profils de risque respectifs grâce à des algorithmes. Créée en 2006, l’entreprise a connu un succès fulgurant: elle a issu plus de 11 milliards de dollars de prêts et a fait son entrée en bourse en 2014.

Depuis, le marché du prêt «peer-to-peer» (P2P, ou «pair-à-pair» en français) s’est considérablement développé, s’élargissant tout d’abord à d’autres domaines (prêts à court terme, financement de PME, emprunts hypothécaires), puis à de nouveaux types d’investisseurs: les institutionnels en particulier sont attirés par une nouvelle classe d’actifs présentant des perspectives de rendements élevés et stables. Le succès des produits P2P auprès de ces derniers est tel qu’à présent, seules 20% des sommes prêtées à travers Lending Club proviennent encore de particuliers. Cela signifie qu’il est plus intéressant pour les banques de prêter à travers des plates-formes externes que directement, ce qui est un signe important de l’efficacité des technologies développées.

Barrières importantes

Encore à leurs débuts en Suisse, les prêts de pair à pair commencent à prendre leur pleine envergure chez nos voisins. En 2014, les plates-formes européennes de prêt entre particuliers ont réalisé un chiffre d’affaire de 1091 millions d’euros, alors que les prêts aux entreprises se montaient à 1027 millions d’euros. En comparaison, ces deux catégories combinées ne représentaient que 3,5 millions en Suisse sur la même période. La loi sur les banques (acceptation de dépôts du public) et la loi sur le crédit à la consommation (taux d’intérêt maximum) posent des barrières importantes au développement de ces services par des acteurs qui ne bénéficiant pas d’une licence bancaire. Les deux leaders actuels sont Cashare pour les prêts aux particuliers et la Banque Cantonale de Bâle Campagne avec sa plate-forme Miteinander Erfolgreich pour les prêts aux entreprises.

Les produits P2P sont encore récents et l’investissement dans ce domaine comprend de nombreux risques: le premier est bien sûr le risque de défaut des prêts individuels. Le deuxième est le risque individuel de chaque plate-forme: il n’est pas exclu que l’une ou l’autre disparaisse en cours de route car aucune de ces entreprises n’a plus de 10 ans et presque toutes sont soutenues par du capital-risque, les incitant potentiellement à mettre la priorité sur une croissance rapide plutôt que sur une base financière solide. La réponse à ces deux risques est la diversification des investissements. L’approche de l’investisseur individuel en la matière a ses limites, raison pour laquelle de nombreux fonds ont vu le jour récemment, permettant à leurs investisseurs d’étendre leur exposition à de nombreuses plates-formes et types de crédit différents. La plupart visent des rendements annuels de 5 à 7%. Le plus grand d’entre eux, P2P Global Investments, gère plusieurs centaines de millions et est coté au London Stock Exchange.

Capacité à rembourser contrariée

Mais il ne faut pas perdre de vue que le prêt de «pair-à-pair» n’a pas encore fait ses preuves dans des conditions économiques difficiles. On en sait finalement peu sur la solidité des modèles en temps de crise et sur le degré de vérification des informations fournies par les bénéficiaires de crédits. En cas de crise économique, la capacité des emprunteurs à rembourser leurs crédits pourrait changer très rapidement. Les plus pessimistes commencent même à parler de «Lending Bubble»: ne pouvant plus donner de crédits risqués, il se pourrait que les banques aient dirigé des sommes vers l’industrie des crédits P2P, soumise à un cadre légal beaucoup plus léger. Avec des conséquences potentielles très importantes car au contraire des prêts hypothécaires, les crédits à court terme ne sont pas couverts par des garanties. L’histoire va-t-elle se répéter?

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)