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Produits structurés: les favoris des banques sont au rendez-vous

Les banques regroupent depuis des années leurs meilleures idées d’achats en actions suisses dans un produit. Le bilan est plus favorable qu’on ne pourrait l’imaginer

Les banques, du moins celles qui disposent encore d’une équipe d’analystes financiers dédiée aux actions suisses, ont parfois regroupé leurs meilleures idées d’achats dans un produit financier. C’est le cas dans les produits structurés. La Banque cantonale de Zurich émet depuis 2015 un certificat sur ses actions suisses favorites pour l’année suivante (ZKB Jahresfavoriten). D’autres, comme Vontobel, ont adapté cette formule pour la rendre plus flexible.

Pour l’investisseur, l’avantage est double. D’une part, les plus fortes convictions d’investissement des experts d’une banque sont regroupées dans un seul produit. D’autre part, le nombre de titres représentés assure une bonne diversification. Sans doute meilleure que celle d’un fonds de placement ou d’un ETF centré sur les indices suisses. Ces derniers souffrent en effet d’une forte domination des groupes Nestlé, Roche et Novartis.

Comme de tels produits sont lancés depuis de nombreuses années, l’heure du bilan est venue, d’autant plus qu’après plusieurs exercices de hausse, les marchés ont subi une nette consolidation en 2018. L’épargnant peut donc évaluer les produits tant lors d’une tendance haussière qu’au terme d’une mauvaise année.

Surperformance par rapport à l’indice SPI

Prenons donc l’exemple de la Banque cantonale de Zurich et des certificats qu’elle a émis sur les favoris de l’année suivante. Depuis le début 2015, chaque année, la composition du certificat a été différente en fonction des prévisions des analystes, mais toujours avec le même objectif, celui de présenter une meilleure performance que l’indice SPI des actions suisses.

L’épargnant qui a investi son argent chaque année dans ce type de produits ne le regrette pas. Le rendement a dépassé de 30% celui de l’indice SPI des actions suisses. Le gain est considérable. Le produit de la ZKB s’est apprécié de 13,1% en 2015 (indice SPI +3,2%), de 17,3% en 2016 (indice SPI 4,8%), de 32,5% en 2017 (indice SPI 20,3%).

Changement d’ambiance toutefois en 2018. L’année dernière, la bourse suisse n’a pas échappé à la tendance négative rencontrée sur tous les grands marchés d’actions. L’indice SPI a ainsi baissé de 9,7%. Le certificat de la ZKB a chuté encore plus lourdement, perdant 12,4%.

Le retour des valeurs défensives

L’une des raisons de la surperformance du produit au cours des années de hausse, en plus d’une sélection réussie des titres, se trouve dans l’intégration de capitalisations boursières petites et moyennes. Durant la baisse de 2018, ce choix s’est toutefois avéré pénalisant. Les grandes multinationales comme Nestlé, Roche et Novartis, réputées pour leur caractère défensif, ont surperformé les «small & mid caps» depuis un an. Ces dernières ont perdu environ 15% l’an dernier, alors que les trois géants de la cote ont à peine varié. Mais du début 2015 à 2018, mieux valait privilégier les petites valeurs à forte croissance.

Le certificat sur les favoris de la ZKB comprenait en 2018 cinq grandes valeurs, avec une pondération de 12%. Le structuré intégrait aussi trois sociétés de taille moyenne (pondération de 10%) et deux petites valeurs (5%). Ni Nestlé ni Roche n’y figuraient.

Compte tenu de son rendement à long terme, on comprend que les responsables de la banque aient à nouveau émis un tel certificat pour 2019. Au sein des favoris 2019, les analystes ont sélectionné cinq grandes valeurs mais avec une pondération de 13,5% cette fois, à savoir Logitech, Novartis, Schindler, SGS, Sika, ainsi que trois moyennes capitalisations (7,5%), soit Daetwyler, Inficon et Siegfried, et deux petites valeurs (5%), soit LLB et Orior. De ces dix actions, quatre ont un rendement positif en 2018: Novartis, Siegfried, Orior et LLB. Cette dernière a même gagné 26%.

Une gestion plus active chez Vontobel

Vontobel, leader des structurés et de l’analyse financière, a repris cette idée mais en a modifié l’approche avec le temps. «L’idée des champions de l’année souffre de sa limite temporelle. Il est assez difficile d’évaluer les meilleurs du premier janvier à la fin décembre», indique Eric Blattmann, responsable de la distribution, à Zurich.

La banque a donc lancé une version «dynamique» du produit. Depuis février 2016, un certificat regroupe toujours les recommandations d’achat, le Vontobel Swiss Research Basket. Mais lorsque l’équipe d’analystes retire la recommandation d’achat à une action, celle-ci sort du panier le même jour. Et si une société obtient une recommandation d’achat, elle y est introduite le même jour. Ce certificat comprend 30 titres d’une pondération de 0,7% à 6%. Parmi les titres présents avec environ 6%, on trouve Roche, Nestlé, Sika, LafargeHolcim, Richemont, Swiss Life, Swiss Re et UBS. Parmi les plus petites valeurs, on rencontre des romandes comme Bobst, Logitech, Temenos. L’action Vontobel n’en fait pas partie.

A la fin janvier, le cours du structuré était de 138,20 francs. La banque n’indique pas la capitalisation boursière de ce produit.

Détention durant trois ans

Depuis son lancement, sa surperformance par rapport à l’indice SPI s’élève à 14% puisqu’il s’est apprécié de 36,2% et l’indice SPI de 22,2%. Si l’année 2017 a été brillante pour ce certificat (gain de 33,6%), par contre, l’année 2018 a été difficile puisqu’il a perdu 17,2% et l’indice SPI 8,6%. «La faute à un quatrième trimestre difficile et à la surperformance de certaines grandes valeurs défensives pendant la correction indicielle», déclare Frédéric Rouiller, responsable du conseil en produits structurés pour l’ensemble du marché suisse. «La durée de détention de ce type de certificats est d’environ trois ans», estime Eric Blattmann. La volatilité des actions est, dans ce contexte, «une opportunité à saisir», ajoute-t-il.

Au total, les certificats représentent environ un cinquième du volume d’affaires des produits structurés, hors warrants, selon Frédéric Rouiller. Une tendance se met en place depuis quelque temps: «La demande est de plus en plus significative pour les certificats gérés activement (Actively Managed Certificates, ou AMC)», constate Frédéric Rouiller. La composition de ces produits est le fruit d’une recherche quantitative et permet d’investir sur une idée particulière.

L’idée de certificats fondés sur les recommandations des analystes n’a pas encore été reprise par d’autres banques, à notre connaissance, même si certains instituts disent étudier le concept.

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