La discussion sur les marges des banques est particulièrement animée. Adrian Künzi, responsable de la banque Wegelin & Co. pour la Suisse Romande répond à nos questions:

Le Temps: Quelles sont les marges des banques sur les produits structurés les plus simples?

Adrian Künzi:Cette question touche un problème fondamental. Il faut savoir que la grande différence entre les fonds de placement et les produits structurés tient au fait que pour ces derniers la banque émettrice ne connaît pas ses coûts à l'émission, mais beaucoup plus tard à l'échéance. La marge réelle de la banque est donc impossible à connaître à l'émission. Ce n'est pas un refus de notre part de publier un chiffre. Simplement, il nous est impossible de définir une marge par catégorie de produits et de la communiquer.

- A posteriori, de combien sont-elles en moyenne?

- Tout dépend des coûts de hedging de la banque. Si le scénario n'est pas favorable, la banque peut perdre de l'argent sur un produit. Je me refuse à donner un pourcentage moyen. A ce propos d'ailleurs, une étude faite par une grande société de conseil estime que les coûts pour l'investisseur sont inférieurs à 1.00%. Une règle: le coût d'un produit complexe sera bien supérieur à celui d'un produit simple comme par exemple un produit à capital garanti avec un seul sous-jacent.

- Le marché suisse des produits structurés est devenu beaucoup plus compétitif, avec quelque 15 banques émettrices. La consolidation est déjà bien avancée. Aussi les co-lead managers comme Wegelin & Co. jouent un rôle important. Lors de l'émission d'un produit structuré, nous demandons des offres auprès de plusieurs banques émettrices en vue d'offrir à nos clients les meilleures conditions possibles. Pour des produits standardisés, nous constatons que les différences de prix entre émetteurs sont minimes, donc également les marges.

- Quels produits sont complexes et coûteux?

- Les produits, par exemple, sur un mix de classes d'actifs et avec une période d'investissement très longue (cinq années). Cette problématique est liée à la difficulté d'estimer les corrélations futures entre classes d'actifs. Il n'est pas aisé de savoir en tant qu'investisseur si un prix pour un tel produit est correct ou trop élevé. Certains concurrents évoquent parfois des marges trop élevées pour des produits complexes.

- On dit que les coûts du client sur les principales catégories de produits sont légèrement supérieurs aux fonds de placement. 0,5 à 1%, est-ce correct?

- Les concurrents des produits structurés sont effectivement très souvent des fonds de placement. Les similarités sont nombreuses. Les structures de frais sont comparables. Vu que les produits structurés ne nécessitent pas une direction de fonds, un prospectus détaillé ou encore un calcul journalier de valeur nette d'inventaire, ils sont potentiellement même beaucoup moins chers que les fonds de placement. Si les structurés étaient plus chers que les fonds de placement à long terme ils ne seraient simplement pas compétitifs; ce qui n'est clairement pas le cas. Les coûts des fonds de placement se situent souvent entre 0,5 et 1,5%, comme la plupart des structurés. On est donc très loin des chiffres évoqués parfois - les produits structurés ne sont pas plus chers que les fonds de placement.

- De combien le coût est supérieur pour les produits complexes?

- La détermination du coût dépend dans ce cas aussi des mécanismes liés aux opérations de hedging. S'il s'agit de produits complexes, les options servant à la couverture des positions ne sont certainement pas des options standardisées. La fourchette pour le «fair value» de ces instruments est très large. En plus, les produits dérivés représentent un ensemble dans les livres de la banque, ce qui empêche d'affirmer le montant destiné à une émission particulière de produits structurés.

- Est-ce que le client qui s'adresse à un intermédiaire n'ajoute pas une commission supplémentaire?

- Non, en tant qu'intermédiaire, la marge ne représente en fait qu'un faible pourcentage des 100 points de base représentant le coût indirect estimé des produits structurés pour un investisseur à l'émission (cf. question sur la moyenne des marges). On est ainsi très loin des chiffres qui sont parfois articulés dans les milieux financiers. Au vu des avantages que le client peut obtenir au travers de la sélection d'un intermédiaire et du fait que celui-ci compare des offres de différentes banques émettrices, cette marge raisonnable de l'intermédiaire est sans doute justifiée.

- Que coûte une transaction sur les produits structurés?

- Les offres des banques sont très différentes. Le client doit comparer les offres, savoir s'il s'agit d'une offre globale (émission, courtages y compris) ou s'il doit ajouter les frais de courtage. Ensuite, le client doit s'assurer aussi de l'existence d'un marché secondaire pour les produits qu'il achète afin d'avoir la possibilité de vendre un produit même avant l'échéance à des conditions correctes. Pour notre part, nous ne considérons que les produits avec un écart sur le marché secondaire inférieur à 1% entre l'offre et la demande.

- Est-ce que les aspects fiscaux sont suffisamment pris en compte?

- Non, je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi les «Reverse convertible», par exemple sont proposés à des clients fiscalisés en Suisse quand on sait très bien que d'un point de vue fiscal, un certificat discount, qui a le même profil de rendement, est plus avantageux. Ces aspects fiscaux ne sont souvent pas bien maîtrisés.