Beaucoup de chefs d'entreprise déclarent que leurs ventes dépendent des aléas de la météo, mais dès qu'on leur demande s'ils ont évalué ces risques et surtout s'ils ont pris des mesures, la réponse est habituellement négative, sauf dans l'énergie, selon Mark Rüegg, CEO de CelsiusPro, une start-up établie au Technopark à Zurich. C'est le seul en Europe à se lancer sur ce créneau, la protection contre les fortes variations de ventes ou de coûts à l'attention d'entreprises individuelles.

Les dérivés météo existent depuis 1997 aux Etats-Unis et se traitent sur la bourse de Chicago. C'est un marché en expansion (+76% à 32 milliards de dollars de chiffre d'affaires). Mais CelsiusPro offre des certificats sur mesure et standardisés.

Depuis ses débuts, ce printemps, la société rencontre un écho très favorable. Elle a immédiatement obtenu des contrats avec les manifestations de cet été (open air, restaurants de l'Euro de football). Les idées ne manquent pas pour développer son concept: parcs de loisirs, société de navigation sur un lac suisse, sociétés d'énergie.

La proposition est limpide. Prenons l'exemple d'un open air. L'organisateur calcule 100 000 francs de recettes par jour de beau temps et 20000 francs en cas de pluie (5 mm). Sans certificat météo, sa manifestation est un pari sur le temps: il peut gagner 300000 francs ou 60000 francs. Mark Rüegg lui propose d'assurer 200000 francs de recettes et de payer une prime de 20000 francs pour la manifestation. Ce qui correspond à un versement de 80000 francs par jour de pluie. Grâce aux produits financiers, l'open air recevra 280000 francs par beau temps ou 200000 dans le cas inverse. Ce genre de contrat a connu un franc succès cet été.

Maintenant «nous travaillons auprès des sociétés dont le chiffre d'affaires fluctue fortement l'hiver en fonction de la météo», déclare-t-il au Temps. Le secteur énergétique est très sensible à ces questions. Tel électricien annonce un moindre bénéfice en raison d'un hiver trop doux. Ou un industriel du gaz se plaint d'une moindre demande à cause de températures hivernales trop élevées. Sa marge sera identique, mais la consommation est directement liée à la température. Il est donc naturel d'offrir des dérivés pour se protéger. L'industriel peut par exemple acheter une option put HDD (Heating Degree Day) avec une barrière qui fixe le nombre de jours à partir duquel un versement est prévu. Par exemple 5000 euros par HDD et au maximum 1,5 million d'euros (ou 1850 HDD).

«Bien sûr, je dois bien connaître le modèle d'affaire de nos clients. C'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur certaines industries comme les aéroports, les sociétés d'énergie, les remontées mécaniques ou les services de voirie», explique cet ancien courtier en devises et d'UBS. Pour Munich par exemple, le coût des services de voirie fluctue entre 12 et 28 millions selon la dureté de l'hiver. La corrélation entre les jours de gel et les coûts est très étroite (88%). Il est donc possible de construire un certificat, qui couvre les coûts à partir du 45e jour de gel (en dessous de -4 degrés). La ville pourrait par exemple recevoir 350000 euros par jour de gel et au maximum 8,75 millions d'euros.

Des études américaines ont démontré que seules certaines entreprises de l'énergie couvraient les risques de fluctuation de ventes. Et peu à peu certaines sociétés du commerce de détail. «Je suis persuadé que les investisseurs ne se satisferont plus longtemps de l'explication d'un résultat décevant qui s'appuierait sur la météo», selon Mark Rüegg. «Une ou deux fois peut-être, mais pas davantage, car la mesure du risque est une tâche du directeur financier», poursuit-il. Le réchauffement climatique et l'augmentation de fréquence d'événements météo extrêmes renforcent son discours. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte du nombre de sociétés dont le résultat dépend directement du temps. Une société de navigation sur un lac suisse réalise traditionnellement 50% de son chiffre d'affaires au cours de juillet et août. C'est un modèle qui convient parfaitement aux solutions de CelsiusPro. La start-up ne conserve pas le risque dans ses livres, mais le confie à Swiss Re, qui est passé leader dans ce secteur.

Aux Etats-Unis, une étude a montré que le tiers de l'économie était dépendante du temps. Pourtant, bien des managers sont réticents à l'idée de se couvrir: «Chez nous on travaille par tous les temps, m'a dit un directeur d'une entreprise de la construction. Reste à savoir si ce raisonnement résistera au temps. Car l'emploi de ces produits va s'élargir, y compris aux agences de voyages, aux transports et à l'agriculture.»