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Dans 10% des cas, les managers de transition se voient finalement proposer un contrat à durée indéterminée.
© John Holcroft

Carrières

Profession: manager de passage

Ces cadres interviennent ponctuellement dans les entreprises pour gérer une situation délicate. La méthode, répandue aux Etats-Unis, fait désormais florès en Suisse

Dans le film In the Air, sorti en 2010, George Clooney joue le rôle de Ryan Bingham, spécialiste ès licenciement, que les entreprises appellent à la rescousse lorsqu’il s’agit de réaliser des plans sociaux rapidement, efficacement et surtout sans état d’âme. Un pompier d’un nouveau genre, qui vire à la chaîne sans sourciller avant d’aller prendre son avion. In the Air n’est pas un chef-d’œuvre, mais il décrit bien cette profession difficile que les spécialistes appellent sobrement «manager de transition».

Le concept, inventé aux Pays-Bas dans les années 1970, a fait son apparition en Suisse depuis une dizaine d’années, d’abord à Zurich, puis en Suisse romande. Le principe est simple: embaucher un cadre ou un dirigeant par intérim pour réaliser une mission par définition urgente, délicate et ponctuelle. Mais contrairement à l’image donnée par George Clooney, ces managers modernes ne sont pas tous des briseurs de carrière. Selon les données de la Fédération internationale des managers de transition, 20% d’entre eux seulement interviennent pour restructurer. Les autres viennent pour réanimer une chaîne d’approvisionnement qui dysfonctionne, pour réinventer un système informatique, pour accompagner un rachat ou une fusion, pour mettre une nouvelle équipe en route…

Croissance du secteur

L’un des leaders du marché, Procadres International, s’est installé à Genève en 2014. Depuis, son activité n’a cessé de progresser. «Il y a quatre ans, à nos débuts, nous avions environ 200 managers de transition, explique Olivier Taburet, associé-gérant. Aujourd’hui, nous en comptons plus de 600 rien qu’en Suisse romande. Les chiffres parlent d’eux-mêmes!» Tous les secteurs font appel à ses services: biotechnologies, industrie pharmaceutique, banque, horlogerie… Les sociétés signent un contrat avec son entreprise, qui se charge de recruter la personne adéquate, comme dans n’importe quelle agence d’intérim. «Les administrations et régies publiques comme les CFF font de plus en plus appel aux managers de transition, ajoute Olivier Taburet. Et c’est la même chose dans le bureau zurichois de Procadres.»

Pourquoi les entreprises choisissent-elles ce type de formule, alors qu’elles peuvent engager et licencier plutôt librement en Suisse? D’abord, parce que ces experts sont très coûteux: limiter leur temps de travail permet de réduire les frais. En moyenne, un cadre de haut vol, employé temporairement, gagne entre 180 000 et 250 000 francs de salaire annuel brut. Mais surtout, selon Olivier Taburet, cela leur permet d’exercer avec une immense liberté de ton. «Une personne de passage n’est pas là pour valoriser ses stock-options ou pour rendre l’ascenseur à un ami qui lui avait donné un coup de main, explique-t-il franchement. Sa mission est claire et elle va l’exercer le plus efficacement possible. Elle ne s’empêchera pas non plus de pointer du doigt les problèmes internes, car elle sait que son poste n’est pas en jeu.»

«Ubérisation»

Dans 10% des cas, les managers de transition se voient finalement proposer un contrat à durée indéterminée. En majorité, donc, ces spécialistes viennent en pompiers. Tel est le cas par exemple de Ludovic Ronchaud, qui réalise des missions de trois à six mois dans le marketing et la communication, ainsi que la transformation numérique. Sa première difficulté, c’est d’arriver à s’intégrer rapidement. «Il faut une grande capacité d’écoute et de souplesse», témoignait-il il y a quelques mois lors d’un salon organisé par Procadres International. Pour y parvenir, il faut adapter son vocabulaire, parler de soutien et d’accompagnement… Tout en apportant un regard frais, que l’employeur attend.

Pour beaucoup de seniors à la recherche d’un nouvel emploi, le management de transition est aussi un modèle séduisant. C’est pourquoi le marché se développe et les agences se multiplient: le cabinet Robert Walters, Agnéus & Co… Philippe et Katja Thevenot ont aussi lancé il y a près d’un an à Rolle leur start-up «Chief on Demand» («Chef à la demande»), qui propose déjà les profils d’une quarantaine de spécialistes certifiés. «Oui, c’est l’ubérisation des cadres, résume Philippe Thevenot. Mais contrairement aux cabinets d’intérim, nous préférons les placements sur le long terme. L’idée n’est pas de précariser les personnes.»

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