«Nous devrions lancer, d'ici à la fin de cette année, une nouvelle version de notre site Internet.» Les projets du groupe Bernard Nicod, rapportés par son directeur financier Jean-Pierre Meylan, offrent une bonne idée de l'importance accordée par les milieux immobiliers à cet outil.

S'il était de bon ton à la fin des années 90 d'afficher sur sa carte de visite l'adresse de son site, l'effet de mode est aujourd'hui passé. Ce média s'impose chez les professionnels comme un support incontournable. «Le site n'est plus une vitrine, mais un vrai canal de vente», confirme Jean-Pierre Meylan.

Les faits viennent appuyer cette constatation parmi les grands du secteur. Le nombre de clients, dont le premier contact avec la régie s'établit via Internet, est en forte augmentation au sein du groupe vaudois Bernard Nicod. Vingt-cinq mille locataires potentiels sont passés par le Web en 2001 contre 52 000 une année plus tard. Tout aussi significatif, le nombre de baux conclus pour des affaires décrochées via ce canal augmente sur la même période de plus de 40%. Dans le domaine de la vente, Frédéric Gris, directeur de swissimmo.ch, note la même tendance estimant à 60% le nombre de clients venus via Internet. De son côté, la régie de Rham a réalisé 9% du volume de ses ventes grâce à Internet en 2002, et cette part progresse cette année. Chaque semaine, la page «Location» du site «deRham. ch» accueille en moyenne 1550 accès. Ultime preuve de cette vigueur, homegate.ch (filiale de la Banque Cantonale de Zurich), le site le plus fréquenté de Suisse, prévoit de dégager un bénéfice cette année.

Rares désavantages

«Seul inconvénient à ce succès, beaucoup de curieux se baladent sur les sites», relève Jean-Pierre Meylan. Cette augmentation du volume implique la mise en place de serveurs conséquents. Un effort qui a un coût, même si les régies restent discrètes sur les montants investis dans cet outil. Pour contourner cet obstacle financier, certaines d'entre elles n'hésitent pas à regrouper les forces sur des portails comme swissimmo.ch (site détenu par Edipresse à 55%, PubliGroupe à 25%, et la régie de Rham à 20%), qui regroupe 120 agences.

Visibilité améliorée, rapidité accrue, tout parle en faveur du développement de la location et de la vente via Internet. Ce phénomène signifie-t-il la mort de l'annonce publiée dans la presse écrite? Jean Genolet, responsable du marketing chez de Rham, reste perplexe à l'évocation d'un scénario aussi radical. «L'Internet ne remplace pas le papier, mais il représente un canal supplémentaire de vente et de distribution, considère-t-il. Grâce aux photos disponibles, aux plans de situation, aux informations concernant les équipements collectifs, il permet un gain de temps important dans la recherche de son logement. Il apporte donc une vraie valeur ajoutée.» Bertrand Mingard, directeur des ventes pour la Suisse romande de homegate.ch, affiche un avis plus nuancé. Il observe une vraie tendance de fond favorisant le Web au détriment du papier. Toutefois la disparition de l'offre proposée dans la presse écrite n'est pas pour demain. «Cela va prendre du temps car des journaux comme 24 Heures ou la Tribune de Genève restent des institutions dont on ne peut se passer, même s'ils n'offrent pas la flexibilité du Web», commente-t-il.

Ce développement satisfait aussi les demandeurs de logements. «A la différence des annonces publiées dans la presse qui répertorient en général tout ce qui ne peut pas être loué pour des raisons de prix ou de qualité, les régies mettent pratiquement toute leurs offres sur Internet», constate Carlo Sommaruga, avocat auprès de la section genevoise de l'Association suisse des locataires (Asloca). L'offre est rafraîchie toutes les nuits grâce aux logiciels de mise à jour des agences, confirme Frédéric Gris de swissimmo.ch. «Cette modification de l'offre pose toutefois des problèmes sociaux, considère Carlo Sommaruga. Certaines tranches de la population n'accèdent pas à ce moyen de communication pour des raisons d'âge, d'origine, de niveau de formation ou de moyens. Nous devons faire attention à cet effet pervers. D'autant plus que la méthode traditionnelle, qui consistait à s'inscrire auprès d'une régie sur une liste dans l'attente d'un objet immobilier, n'existe pratiquement plus.» Dans l'idéal, le représentant de l'Asloca imagine un système permettant à tous – utilisateurs d'Internet ou non – de s'inscrire auprès d'une régie et de recevoir des informations par SMS. La possession d'un téléphone portable s'étant selon lui nettement plus démocratisée que l'accès à la toile.