Logement

Les professionnels de l’immobilier sous-estiment l’influence de la technologie

Les acteurs du secteur ne s’attendent pas à un recul marqué des prix d’ici 2020, sauf dans le segment commercial

C’est la principale surprise du 5e sondage annuel des professionnels suisses de l’immobilier, effectué par KPMG. Les investisseurs et les évaluateurs d’actifs peinent à percevoir la profondeur du changement provoqué par les nouvelles technologies dans leur secteur d’activité.

De manière générale, près de deux tiers des 236 professionnels de l’immobilier sondés par KPMG s’attendent à des prix stables ou en légère progression dans l’immobilier résidentiel en Suisse. Ils sont également une majorité à prévoir une poursuite de la baisse des prix dans le secteur commercial.

Le marché des bureaux se ressaisit lentement, mais la période critique traversée par le commerce dit stationnaire explique largement les difficultés du segment commercial dans son ensemble. Le chiffre d’affaires du commerce de détail a ainsi reculé de 3,1% au premier semestre en Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique.

Lire aussi, lors du précédent pointage: Les cinq grandes tendances sur le marché des immeubles

Prime aux espaces modulables

«Les boutiques devront réduire leurs surfaces à moyen terme et évoluer vers un concept de «showroom», dans lequel les objets vendus seront exposés mais pas être stockés, résume Arnaud de Montmollin, de KPMG Real Estate. Apple applique déjà cette stratégie aux Etats-Unis, ses magasins ne contiennent pas de stocks, mais l’acheteur qui s’y rend est livré à son domicile dans les deux heures.»

En conséquence, les espaces de stockage seront déplacés vers les périphéries, tandis que les surfaces de vente vacantes seront plus nombreuses dans les centres-villes. Seules les espaces modulables éviteront des pertes à leurs propriétaires.

Dans ce schéma, la centralité des emplacements demeure un élément capital pour l’investisseur immobilier. Ces évolutions engendrées par la croissance du commerce en ligne sont peut-être sous-estimées par les professionnels sondés par KPMG: seuls 60% d’entre eux pensent que les achats online ne représenteront que 25% du volume des commerces à l’horizon 2020.

Et voici le crowdfunding immobilier

Cette vision limitée du rôle de la technologie se retrouve également dans la question du financement. Plus de 60% des sondés ne croient pas que le crowdfunding constituera un outil d’accès à l’investissement immobilier d’ici 2020. «Des plateformes permettent déjà à des individus de co-investir directement dans l’immobilier en Suisse, à partir de montants de l’ordre de 25 000 francs», poursuit le consultant.

L’impact des nouvelles technologies sur la gestion immobilière est également jugé mineur par les sondés, alors que KPMG s’attend à un véritable bouleversement. «Le potentiel d’optimisation est considérable, reprend Arnaud de Montmollin. Des logiciels permettent déjà d’améliorer la coordination des différents travaux dans un projet de construction, ce qui permet un gain de temps et une possible baisse des coûts. Autre exemple, des ascenseurs connectés pourront annoncer des problèmes à venir et permettre ainsi aux services techniques de les anticiper.»

La communication avec les gérances, la sélection des candidatures peuvent déjà être également automatisées. «Cet avenir est déjà là, mais les participants au sondage ne semblent pas en être véritablement conscients», conclut le consultant.

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