L'euro coule, le yen se renforce. Alors que la devise européenne, plombée par les excellents chiffres de la productivité américaine publiés mardi, a poursuivi sa glissade sous le seuil des 0,9 dollar, la monnaie nippone, elle, n'a pour l'instant aucune raison de renverser la tendance haussière dans laquelle elle est engagée. Remontant mercredi à 108,07 yens face au dollar à Tokyo contre 108,61 yens la veille, le yen profite de l'importante bataille spéculative autour de la décision de la Banque du Japon (BoJ) attendue vendredi: va-t-elle mettre fin à sa politique de taux zéro, initiée en urgence en mars de l'année dernière pour stopper la spirale déflationniste, ou non? Plusieurs protagonistes se font face, dont deux principaux: le gouverneur de la Banque centrale nippone, Masaru Hayami, et le gouvernement.

Lundi, Masaru Hayami s'est clairement prononcé en faveur de l'abandon aussi rapidement que possible de la politique de taux très faibles. Deux facteurs plaident en sa faveur: la statistique sur les entrées de commande des machines qui a grimpé de 14,4% en juin par rapport à mai ainsi qu'un rapport de l'agence de planification économique paru mardi affirmant que l'économie était prête pour un redémarrage soutenu. Réponse immédiate du premier ministre, Yoshiro Mori: il est encore prématuré de relever les taux. «La consommation des ménages manque de vigueur», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Nagasaki, cité par l'agence Jiji. «J'aimerais qu'ils (les membres du comité) prennent pleinement conscience que l'économie japonaise se trouve à un stade critique.» Le ministre japonais des Finances, Kiichi Miyazawa (photo), a abondé dans son sens mercredi. «Nous dirions que le moment choisi est inopportun pour mettre fin» à cette politique de taux zéro, a-t-il déclaré. Il a précisé que ce message sera délivré par les représentants du gouvernement qui assisteront à la réunion de la BoJ. Ces conseillers peuvent donner leur avis mais n'ont pas le droit de voter, la BoJ étant indépendante depuis 1998. «Je pense qu'ils (les membres du comité) décideront que l'heure n'est pas venue» d'un changement de cap, a-t-il ajouté. Pour appuyer la position gouvernementale, un groupe de politiciens, d'économistes et de professeurs ont même envoyé une lettre au gouverneur de la Banque du Japon en appelant à un statu quo monétaire vendredi. Ce qui n'a pas empêché Masaru Hayami de réaffirmer mercredi être plus optimiste que le gouvernement à propos de la santé de l'économie japonaise.

D'une manière générale, les économistes s'attendent plutôt à ce que la BoJ choisisse d'attendre sa réunion du 14 septembre pour agir, puisqu'elle pourra alors s'appuyer sur les statistiques de la croissance pour le premier trimestre de l'année fiscale (avril-juin), publiées quelques jours plus tôt. Ils n'écartent cependant pas que la BoJ puisse faire fi des pressions politiques et agisse dès vendredi.