Le nombre d’expatriés s’installant en Suisse a chuté de 25% à 30% en 2012. Cette estimation est livrée par Pierre Jéronimo, président de l’Association suisse des entreprises de relocation (SARA), fraîchement élu. «Il y a deux ans, sur tous les dossiers que nous traitions à Genève, 90 à 95% étaient constitués d’arrivées. Les départs étaient pour ainsi dire marginaux. L’année passée, ceux-ci représentaient 40% de nos mandats», ajoute celui qui est aussi directeur général de la société Geneva Relocation. Signe que de nombreuses multinationales réduisent, discrètement, leurs effectifs. Soit en licenciant au compte-gouttes, soit en déplaçant ailleurs, par petites vagues, leur personnel. «Mais globalement, le solde migratoire reste positif», précise-t-il.

Jusqu’à quand en sera-t-il ainsi? «Les marchés de Neuchâtel et de Fribourg sont en pleine expansion. Dans l’Arc lémanique, nous ne voyons plus passer de gros dossiers comme entre 2002 et 2010», relève Pierre Jéronimo. En 2009, 180 familles ont emménagé en Suisse après l’installation de Nissan à Rolle, ou encore 1500 familles dans le cas de Procter & Gamble à Genève il y a une dizaine d’années. «Aujourd’hui, les relocalisations importantes concernent 15 à 20 familles au maximum», nuance-t-il.

Contrat de travail local

Ce volume d’activité n’a d’ailleurs que tout récemment commencé à réapparaître. Selon le président de la SARA, ce sont avant tout les entreprises actives dans le secteur du luxe qui continuent d’engager ou de faire venir des collaborateurs de l’étranger. «Et ce sont moins des groupes multinationaux, mais de grosses PME qui implantent leur division internationale au bord du Léman, notamment pour des raisons de souplesse du droit du travail suisse», souligne Pierre Jéronimo.

Autre changement significatif: le profil sociologique des expatriés. «Auparavant, quand Monsieur était transféré, Madame le suivait, mais ne travaillait pas. Aujourd’hui, non seulement les deux cherchent à maintenir une occupation [ndlr: les agents de relocation proposent des suivis pour les couples à double carrière, pouvant dévier sur du bénévolat ou des études académiques pour le conjoint accompagnant], mais ce sont de plus en plus les hommes qui suivent leur épouse expatriée», explique Pierre Jéronimo.

Genève détient ici une spécificité supplémentaire: la mutation de l’ADN même de sa main-d’œuvre qualifiée étrangère. A tel point qu’on ne peut plus vraiment parler d’expatriés. «Le scénario classique pour une agence de relocation a toujours été le suivant: d’abord, nous gérions l’installation, souvent dans des villas, des quelques hauts cadres d’une société. Ils amenaient dans leur sillage, soit environ deux ans plus tard, toute une série de cadres moyens, hébergés dans des résidences plus accessibles, énumère Pierre Jéronimo. A présent, nous assistons à Genève à l’engagement d’employés étrangers, mais sous contrat local, visant les mêmes appartements que les Genevois.»

Concurrence résidentielle

Cette dernière catégorie de salariés – souvent plus jeune – entre «en compétition directe avec les résidents locaux» réprésentent environ 10% de la clientèle de Geneva Relocation, signale le président de la SARA, qui se défend de s’adonner à une surenchère. «Nous ne sommes que des intermédiaires, sans aucun droit de regard sur les loyers.» Le code de déontologie de la SARA interdit toute perception de commissions. Selon Pierre Jéronimo, la dizaine de «vraies» agences sur la cinquantaine répertoriée à Genève ne se rémunère qu’à travers les honoraires de leurs mandataires.

Au final, le propriétaire est seul à décider, privilégiant parfois les familles genevoises avec enfants, à la «sécurité» financière que peut inspirer un couple d’expatriés. «Notre rôle consiste à accompagner, mais surtout à préparer le terrain, conclut Pierre Jéronimo. Il faut en finir avec le mythe selon lequel les expatriés raflent tous les logements à n’importe quel prix. Les dérives du passé sont révolues: certains loyers demeurent surévalués et il faut notamment standardiser les procédures de résiliation de contrats de bail.»