Douze milliards huit cent vingt et un millions de francs. C'est le bénéfice record engrangé en 2005 par la Banque nationale suisse (BNS). Presque autant que les 14 milliards de UBS, le plus gros bénéfice jamais publié par une société suisse. La répartition de cette manne sera tranchée aujourd'hui à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires de la BNS, société cotée en Bourse.

Bien qu'une loi de 1999 et une convention de 2002 règlent au centime près la ventilation de ce bénéfice, de petits actionnaires ont déposé deux motions pour exiger une plus grosse part du gâteau. Actionnaires à hauteur de 53,4% avec les banques cantonales, les cantons ont des visées similaires. Vaud semble mener la fronde: «La BNS thésaurise de l'argent qui revient aux cantons et au peuple», déclare Pascal Broulis, le chef des Finances vaudoises.

Selon les textes en vigueur, la Confédération (non-actionnaire) et les cantons vont se partager 2,5 milliards de francs. Le dividende, légalement limité à 15 francs par action, va rester à son plafond de 1,5 million. La loi exige aussi que la BNS augmente régulièrement ses réserves en cas de crise financière ou de chute brutale du franc. 794,7 millions y seront affectés.

Reste un surplus de 9,5 milliards versé dans les réserves pour distributions futures. Ce poste atteint désormais un total de 16,4 milliards, de quoi rémunérer les ayants droit de la BNS jusqu'en 2011. Le bénéfice record de 2005 provient en grande partie de l'appréciation de 36% de l'or au cours de cet exercice. La banque en détient encore 1290 tonnes après la vente entre mai 2000 et mars 2005 des 1300 tonnes jugées excédentaires dont le produit, 21 milliards, a été rétrocédé l'an passé.

A l'avenir, l'or pourrait chuter et entraîner la BNS dans les chiffres rouges. Mais ce n'est pas le cas actuellement: le métal jaune s'est déjà apprécié de 20% depuis le début de l'année. La poursuite de cette tendance risque d'alimenter la polémique d'ici à la renégociation, en 2007, du montant de 2,5 milliards alloué chaque année à la Confédération et aux cantons.

Par ailleurs, l'importance des réserves pour parer à une crise financière, 70 milliards investis essentiellement en devises et en or, est critiquée. Certains économistes souhaitent déjà une réduction supplémentaire du stock d'or.

«Il est trop tôt pour lancer la discussion», estime Pascal Broulis. Dans l'immédiat, il craint un amalgame avec l'initiative COSA. Ce texte qui sera soumis au peuple en septembre prochain, ne prévoit pas d'accélérer la distribution des bénéfices, mais d'en changer l'attribution en faveur de l'AVS/AI et au détriment des cantons.

Les 2309 actionnaires particuliers auront du mal à se faire entendre dans ce brouhaha. Le conseil de la BNS a recommandé à l'assemblée générale de rejeter leurs revendications. Les actions à dividende plafonné qu'ils détiennent continueront à ressembler davantage à des obligations perpétuelles qu'à de véritables actions.