Analyse

A qui profite le bitcoin? Aux banques

La promesse de la monnaie virtuelle était de pouvoir contourner les banques, transmettre de l'argent rapidement et sans frais. Alors que le bitcoin n'intéresse plus grand monde, les établissements ont adopté la technologie qui le sous-tend.

L’un des grands arguments des adeptes du bitcoin pour convertir les masses à la monnaie virtuelle a été le suivant: il permet de contourner les grands établissements bancaires compromis dans la crise financière. L’absence de gestion centralisée de la cryptomonnaie devait aussi convaincre, alors que les institutions n’avaient pas été à la hauteur, les banques centrales appliquant par exemple des politiques à même de faire flamber l’inflation.

Le bitcoin a eu un certain succès dans le sillage de la crise financière, allant jusqu’à dépasser 1000 dollars pour un bitcoin début 2013, avant d’être pris dans des montagnes russes, de voir son image égratignée par des faillites parmi les plateformes les plus utilisées, des vols de bitcoins et des utilisations dans des transactions pas toujours légitimes dans les tréfonds du Web.

Les banques et la blockchain

Pendant ce temps, la plupart des banquiers ricanaient, estimant que cette monnaie n’avait aucune chance de survie. Ricanaient, tout en examinant de plus près la technologie qui la sous-tend. Car, ironie de l’histoire, comme le souligne un chroniqueur du site d'informations Quartz, alors que le bitcoin n’intéresse plus qu’une poignée d’irréductibles, ce sont les banques, justement, qui travaillent d’arrache-pied sur la blockchain. Cette dernière consiste en une forme de registre des transactions numérique décentralisé, sûr et infalsifiable, qui permet de réduire les coûts, d’améliorer la qualité et la vitesse des services.

Ainsi, selon le Financial Times, Visa devait présenter jeudi dernier à plusieurs acteurs de la finance son nouveau système de paiement basé sur la technologie de la blockchain. Les banques étaient invitées à tester la procédure permettant de transmettre de l’argent entre banques, plus rapidement, à moindres frais, à travers les frontières et avec plusieurs monnaies. L’émetteur de cartes de crédit a planché pendant 18 mois sur ce système, avec l’aide d’une start-up active dans les paiements électroniques, BTL Group.

Visa n’est pas la seule entreprise à avoir vu l’intérêt de cette technologie et à se dire qu’il valait mieux s’y plonger pour éviter qu’un autre le fasse à sa place. Les émetteurs de cartes de crédit ont beaucoup à perdre de l’arrivée d’acteurs disruptifs dans leurs plates-bandes: ils appliquent des tarifs que seule leur position sur le marché permet d’imposer, mais que rien d’autre – économiquement parlant – ne justifie.

De nombreux projets

Parmi les grandes banques aussi, les projets se multiplient. Il y a deux semaines, UBS a annoncé avoir invité des concurrents – Deutsche Bank, Santander, etc. – à la rejoindre pour travailler sur une monnaie virtuelle qui pourrait être utilisée dans les transactions entre banques. Plusieurs autres grands établissements font de même. Même des banques centrales étudient la question, tant les transactions reposent encore sur des bases archaïques, compliquées et chères, indignes du XXIe siècle.

Et le client, dans tout ça? La première bonne nouvelle, c’est qu’avec ces nouvelles technologies il pourra (enfin) transférer des fonds sans attendre plusieurs jours, ce qui est une aberration dans un monde globalisé et une économie à ce point numérisée.

Reste la question des frais. De la promesse du bitcoin – transférer des fonds immédiatement et sans frais –, il risque de ne rester que la première partie. La seconde, celle de la baisse des tarifs, risque d’être absorbée par les banques elles-mêmes. Mais tout n’est pas encore terminé.  

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