Fonds de placement

Comment profiter de la hausse des taux avec des ETF?

Dans un contexte où le cash est pénalisé par les taux négatifs, l’épargnant devrait adapter son portefeuille de façon à tirer profit des mouvements différents des taux selon les échéances. Privilégier des fonds d’obligations à court terme? Des ETF actifs?

La hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis a surpris de nombreux investisseurs et provoqué une nette correction des marchés boursiers ces dernières semaines, mais elle devrait se poursuivre l’année prochaine. Le mouvement et l’impact seront toutefois différents d’un marché à l’autre.

L’épargnant doit-il ajuster temporairement son portefeuille, par exemple son allocation en obligations, sachant qu’une hausse des rendements obligataires se traduit par une baisse des cours des titres. Faut-il rester en cash alors que les taux sont négatifs? Qu’en sera-t-il des actions?

Le meilleur de l’ETF et le meilleur du fonds actif

Franklin Templeton pense que la solution pourrait passer par une nouvelle catégorie de produits, les ETF actifs. A l’inverse des produits indiciels traditionnels qui cherchent à offrir le même rendement que le marché, cette nouvelle catégorie cherche à battre la performance du marché. Dans les obligations, les ETF traditionnels souffrent d’une lacune: leur indice de référence est basé sur la taille de la dette du débiteur (pays ou entreprise). Plus un pays est endetté et plus son poids dans l’indice est élevé. Or «il est parfois recommandé de ne pas détenir d’obligations de pays surendettés», selon Caroline Baron, responsable des ETF du gérant Franklin Templeton en Europe.

Le gérant de l’ETF obligataire actif peut choisir de s’éloigner de l’indice obligataire, soit en prenant un pari sur le risque de crédit, soit sur la duration des obligations. Franklin Templeton a lancé de tels produits en juin, en prenant pour indice de référence les obligations en euro de 0 à 1 an. Le pari semble gagnant puisqu’il se traite à 30 points de base au-dessus de la valeur intrinsèque. Le volume d’actifs gérés est encore modeste (30 millions d’euros), mais le produit est encore en phase de démarrage. Il est prévu que la duration du produit évolue entre -2 ans et +2 ans en fonction de l’opinion du gérant. «Actuellement, la duration est légèrement négative afin de profiter de la hausse attendue des taux d’intérêt», indique Caroline Baron. Pour l’instant, les ETF actifs ne représentent que 1% de tous les ETF, mais «les innovations ont besoin d’une phase de compréhension et de formation, poursuit Caroline Baron.

Les principes et la discipline

«Nous ne croyons pas aux modifications de portefeuilles fréquents ni aux changements de positionnements tactiques», annonce Jacques-Etienne Doerr, responsable de Vanguard pour la Suisse. Ce dernier préfère rappeler certains principes d’investissement, comme une allocation des actifs bien diversifiée qui reflète les objectifs de l’investisseur. Deuxièmement, l’attention aux coûts, dans la mesure où c’est le seul élément qu’il est possible de contrôler à l’avance. Troisièmement, l’investisseur doit utiliser des produits bien diversifiés. Quatrièmement, la discipline d’investissement est primordiale. Elle oblige l’épargnant à rééquilibrer les pondérations avec une certaine régularité. Dans l’anticipation d’une hausse des taux d’intérêt, «nous recommanderions une diversification très large en tout cas dans la partie obligataire», avance Vanguard.

Une étude de l’émetteur sur les obligations souligne l’intérêt d’un portefeuille global, c’est-à-dire intégrant les principaux marchés obligataires internationaux. Selon une étude, lors d’une période de hausse des taux locaux, il s’avère que, sur 18 années d’observation, les obligations globales surperforment les titres locaux de 1,03% dans le cas des Etats-Unis, 0,86% au Canada, 1,84% au Royaume-Uni, 0,54% dans la zone euro. Les auteurs ajoutent toutefois une condition à cette surperformance des obligations globales. Les actifs doivent être protégés contre les risques de change.

Le marché obligataire suisse est très particulier. Il est très étroit, peu liquide et mal diversifié, indique Jacques-Etienne Doerr. L’offre d’ETF est toutefois limitée dans les obligations. «Nous sommes en train d’étendre notre gamme de produits. La tendance au format hedgé est très demandée, surtout avec une monnaie de base francs suisses, en particulier pour l’investisseur non professionnel», déclare le représentant de Vanguard.

Préférer les échéances courtes

Dans l’attente d’une hausse des taux, des ETF sur les titres obligataires à court terme semblent attrayants. Une analyse de la courbe des taux met en évidence un écart de taux significatif entre les titres à très court terme et ceux à trois ans, selon Vanguard. La courbe s’aplatit fortement sur le long terme. Si les taux devaient être relevés rapidement, la volatilité serait supérieure sur les échéances longues. Vanguard avait par exemple lancé un ETF sur les obligations d’entreprises américaines avec des échéances de 1 à 3 ans.

Les marchés émergents offrent aussi un profil favorable, selon Vanguard. Ils ont déjà beaucoup anticipé les événements récents. Tant que l’épargnant se concentre sur les monnaies fortes et des émetteurs solides, le risque est assez modeste. Dans les obligations diversifiées en pays émergents, le choix de l’indice est toutefois crucial.

Pour tirer profit de la hausse des taux d’intérêt, l’investisseur devrait se concentrer sur les obligations à échéance rapprochée, confirme Sven Württemberger, responsable des investissements passifs auprès de DWS en Suisse. Ce dernier cite les indices qui ont pour référence les obligations souveraines allemandes, la zone euro ou les Etats-Unis avec une duration de 1 à 3 ans. En cas de hausse des taux, les effets positifs se reflètent rapidement sur le rendement, alors que les effets négatifs (baisse des cours) sont limités.

Les actions bancaires

La hausse des taux exerce aussi des effets sur les actions. Mais tout dépend des raisons de cette tendance. Si elle est le fruit d’une amélioration des perspectives de croissance économique, les actifs à risque, comme les actions, sont particulièrement attrayants. Ce n’est que dans une phase ultérieure de la hausse des taux, lorsqu’elle freine la conjoncture, qu’un risque de retournement boursier se concrétise.

Un portefeuille diversifié en actions répond donc au désir de profiter des perspectives conjoncturelles favorables. C’est particulièrement vrai pour les bancaires et les financières, selon Nima Pouyan, responsable des ETF pour Invesco en Suisse.

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