La place financière genevoise va mieux, mais elle perd de son attractivité au profit de Zurich. C'est le constat tiré par le banquier privé Ivan Pictet. La ville du bout du lac peine à attirer les spécialistes anglo-saxons ou suisse alémaniques. Ils sont de plus en plus aimantés par les atouts zurichois. «Les différences salariales qui favorisaient notre ville se sont complètement retournées», souligne-t-il.

Point positif, les bénéfices des établissements devraient croître de 10 à 15% cette année et de 5 à 10% en 2005, malgré «un net fléchissement de la reprise au cours de ce 2e semestre». Ils avaient fondu de 35% en 2001 et de 25% en 2002, retrouvant même leurs niveaux de 1997 l'année dernière. Le président de Genève Place Financière s'exprimait mardi, à l'occasion de la publication d'une étude conjoncturelle sur la santé des banques genevoises.

La menace zurichoise n'est apparemment pas liée aux clients. «La clientèle n'a pas boudé Genève en 2004, explique Ivan Pictet. Même si ce résultat est à prendre avec une certaine réserve, il contraste avec ceux de la place de Zurich, où les avoirs stagnent et où la croissance nette des apports concerne avant tout les places on shore (ndlr: hors de Suisse).» L'enquête révèle qu'au 1er semestre de cette année, l'argent géré par les banques genevoises a progressé de 5% en moyenne. «L'apport net de fonds de la clientèle a joué un plus grand rôle que la modeste hausse boursière», explique l'étude. De plus, Genève confirme son rôle central dans le financement du commerce mondial des matières premières.

Une fiscalité trop lourde

La menace doit être mise en relation avec la détérioration de la qualité de vie à Genève. Ivan Pictet met en avant la cherté du logement et le poids de la fiscalité pour expliquer la baisse d'attraction de la place financière. «S'il est possible d'engager des spécialistes parisiens, il est plus difficile de s'assurer les compétences de professionnels basés à Londres», affirme le banquier. A contrario, la métropole zurichoise connaîtrait un regain d'attractivité. Les salaires augmentent, tout comme la qualité de vie. De plus, la région profiterait de la concentration des firmes informatiques et des activités bancaires. La recherche des banques sur les sociétés est de plus en plus réalisée depuis Zurich. «Nous avons confié à Avaloq la refonte de notre système informatique», illustre Ivan Pictet.

Cela étant, les emplois liés à la finance se sont légèrement redressés en 2004. Ils sont passés de 22 000 à 22 500 à Genève. «Les banques ont continué à réduire leur personnel, alors que les sociétés financières ont augmenté leurs effectifs de plus de 1000 unités», confie Ivan Pictet. Ce phénomène a profité aux chômeurs genevois du secteur bancaire, dont le nombre a reculé de 1070 à 890.

Le personnel peu motivé

Mais les compétences genevoises ne semblent pas toujours suffire. Les établissements de plus de 200 employés ont engagé plus de 50% du personnel qualifié hors de Genève, que ce soit à l'étranger (24%) ou dans les autres cantons (27%). L'étude relève que le manque de motivation du personnel est le principal problème pour 19% des sondés. Cette préoccupation est devancée uniquement par la nécessité de trouver des experts financiers très pointus (23%). Ce besoin de compétences place la formation sur le devant de la scène. Patrick Odier observe que les établissements consacrent environ 1,5% de leur masse salariale à la formation. «Trente-huit pour cent des banques de plus de 200 collaborateurs y destinent plus de 2%», relève, enthousiaste, le vice-président de Genève Place Financière.

La formation n'est pas seulement l'affaire des Genevois. L'Association suisse des banquiers devrait mettre sur pied «au premier semestre 2005» son projet Polyfinance, destiné à coordonner la recherche entre l'industrie bancaire et le monde académique.