Fin mars, les grandes banques américaines encore debout avaient créé la surprise en dévoilant des… bénéfices, moins de six mois après avoir failli être balayées par la crise financière. Il était alors apparu qu’un changement opportun dans la manière de comptabiliser les actifs financiers toxiques grevant leurs bilans avait en partie contribué à cette manne.

Les résultats que ces groupes financiers viennent de dévoiler montrent qu’ils ont pu bénéficier d’un autre «joker» entre avril et juin dernier: le rebond inattendu des marchés financiers. Un exemple caricatural en a été fourni dès mardi par Goldman Sachs. Les trois quarts des bénéfices record enregistrés par la banque proviennent de ses activités de négoce boursier et de placements d’emprunts obligataires.

D’autres ont cependant tiré parti de ce rebond des marchés pour compenser le marasme dans lequel stagnent leurs activités «traditionnelles» et le nettoyage de bilans encombrés d’actifs toxiques. Jeudi, la moitié des profits dévoilés par JPMorgan Chase provenait de ses activités de banque d’affaires et de marchés. Ce qui lui a notamment permis d’amortir les pertes enregistrées sur les prêts accordés aux détenteurs de cartes de crédit.

Bank of America compense

Bank of America a renvoyé vendredi une image similaire… mais dans des proportions inversées. Les résultats «record» de ses activités de courtage – qui ont pris une tout autre dimension après l’absorption de Merrill Lynch – ont simplement permis de limiter la baisse de ses bénéfices nets.

Par exemple en réduisant l’impact des 1,62 milliard perdus en trois mois sur ses activités de cartes de crédit. Ou le plongeon de 60% des bénéfices tirés de son activité de dépôts bancaires. Ou encore l’épongeage des pertes potentielles sur les 31 milliards de dollars d’actifs «non performants» encombrant son bilan. Directeur général de ce qui est maintenant le plus grand groupe bancaire du pays, Kenneth Lewis a cependant prévenu que «la faiblesse continue de l’économie mondiale, la hausse du chômage et la détérioration de la qualité du crédit affecteraient la performance [de la banque] durant le restant de l’année et encore en 2010».

Pas de «joker» pour Citi

Contrairement à ses concurrentes, Citigroup n’a, elle, pas été dopée par ses activités de courtage ou de banque d’affaires: ces dernières ont vu leurs recettes décliner de 7% par rapport à l’an dernier.

Les bénéfices de 4,3 milliards revendiqués entre avril et juin ne sont en réalité que le reflet de la cession de sa filiale Smith Barney par un empire qui continue de lutter pour sa survie en se séparant de pans entiers de ses activités. L’entité Citicorp, qui représente le cœur du groupe, a certes généré 3 milliards de profits en trois mois. Ces derniers sont cependant inférieurs de 11% à ceux affichés l’an dernier. «Notre plus gros défi reste le crédit aux particuliers», a indiqué hier Vikram Pandit, le directeur général, ajoutant que si «les pertes dans la banque de détail se sont accrues depuis un certain temps», des «signes de modération de cette tendance apparaissent».

La course contre la montre de Citigroup continue: en trois mois, 12,4 milliards ont été absorbés par les pertes accusées sur des prêts non recouvrés ainsi que par la constitution de réserves pour compenser des prêts douteux.