Meta a gagné des utilisateurs et réalisé des profits trimestriels meilleurs qu’attendus par le marché dans un contexte économique et politique compliqué pour la maison mère de Facebook et Instagram, de la concurrence de TikTok à la guerre en Ukraine.

Le groupe californien a dégagé 7,47 milliards de dollars de bénéfice net au premier trimestre, en baisse de 21% sur un an, pour un chiffre d’affaires frôlant les 28 milliards de dollars (+7%). Son titre bondissait de presque 19% lors des échanges électroniques après la clôture de la Bourse de New York.

Surtout, il n’a pas de nouveau perdu des utilisateurs. En février, le réseau social avait admis avoir perdu, pour la toute première fois, environ un million d’utilisateurs quotidiens actifs.

Fin mars, Facebook comptait 1,96 milliard d’utilisateurs quotidiens, et quelque 3,64 milliards de personnes dans le monde se servent d’au moins une des plateformes du groupe (Facebook, Instagram, Messenger, WhatsApp) tous les mois, deux chiffres en légère progression.

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Mais «la croissance des utilisateurs de Facebook stagne», a souligné Debra Aho Williamson, analyste chez eMarketer. «Il revient donc à Instagram de servir de moteur de croissance», a-t-elle ajouté. «Le métavers génère beaucoup de presse, mais Horizon Worlds, la plateforme sociale en réalité virtuelle de Meta, ne compte que quelques centaines de milliers d’utilisateurs à ce stade».

Le groupe de Mark Zuckerberg a changé de nom en octobre pour signaler un changement de stratégie. Le géant des réseaux sociaux entend se concentrer sur le «métavers», considéré dans la Silicon Valley comme l’avenir de l’internet: un univers parallèle où le public utilisera des lunettes de réalité augmentée ou virtuelle pour interagir, travailler ou se divertir.

Le bolide TikTok

Dans l’immédiat, le deuxième acteur mondial de la publicité en ligne fait face à de nombreux vents contraires. Les règles imposées par Apple l’année dernière – pour empêcher les applications de récolter sans permission des données sur les utilisateurs à des fins publicitaires – affectent ses résultats financiers.

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Ce problème, «combiné avec l’ascension de TikTok, les inquiétudes des marques liées aux contenus problématiques et l’évolution des comportements des utilisateurs sur les réseaux sociaux, annonce des turbulences pour les revenus publicitaires de Meta», a commenté Jasmine Enberg, analyste de Insider Intelligence. «Il est malgré tout clair que les annonceurs continuent d’utiliser Facebook et Instagram pour s’adresser à leurs immenses publics», a-t-elle nuancé.

La très populaire application concurrente TikTok grignote des parts d’audience à toutes les grandes plateformes, de YouTube à Instagram, qui ont copié ses formats de vidéos courtes et amusantes (avec les «YouTube Short» s et les «Reels», respectivement).

«Notre transition vers les formats courts ne génère pas encore de revenus substantiels pour l’instant, mais nous sommes optimistes», a assuré Mark Zuckerberg, le patron du groupe, lors de la conférence téléphonique aux analystes.

«Comme pour les ‹Stories› (le format éphémère copié à Snapchat, ndlr), cela va prendre plusieurs années», a précisé Sheryl Sandberg, la directrice des opérations.

Appel aux croyants

Meta, comme son voisin Google, va souffrir en 2022 des comparaisons avec l’année 2021, marquée par l’explosion des usages en ligne, grâce à la pandémie. Les deux sociétés ont aussi beaucoup recruté: Meta emploie désormais plus de 77 800 personnes, 28% de plus sur un an.

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Et ce n’est pas fini: Mark Zuckerberg a appelé les ingénieurs qui veulent construire le métavers «et travailler sur des projets d’intelligence artificielle incroyables» à le rejoindre. «Je sais que certaines personnes critiquent le modèle publicitaire mais il génère beaucoup de valeur pour les entreprises et les gens dans le monde. Ceux qui y croient, et qui veulent le faire croître, je les veux ici aussi», a-t-il insisté.

En plus des changements d’Apple, les réseaux sociaux doivent composer avec les nouvelles lois européennes.

Certains conflits liés au Règlement européen sur les données personnelles, qui datent de 2018, ne sont pas encore réglés, et l’Europe vient de voter une nouvelle législation pour contraindre les plateformes à supprimer les contenus illégaux et à coopérer avec les autorités.

Le groupe américain subit par ailleurs l’inflation, qui oblige les annonceurs à resserrer leur budget, et les conséquences de la guerre en Ukraine: Facebook et Instagram ont été bloqués en Russie, et n’acceptent plus les publicités russes dans le monde en général.

Meta s’attend donc «à des revenus compris entre 28 et 30 milliards de dollars au deuxième trimestre 2022», soit une stagnation par rapport à son chiffre d’affaires de 29 milliards à la même période il y a un an.