Une perte de 2,6 milliards de dollars en 2005, aucun bénéfice annuel depuis… 1998, une action qui a chuté de 80 à 2 dollars, une dette totale de 4,4 milliards de dollars. Le géant canadien des télécommunications Nortel, qui compte 10000 employés et a réalisé un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars en 2005, est dans une période sombre. Mais selon Wim Te Niet, président de Nortel pour l'Europe centrale, la traversée du désert est bientôt finie.

Le Temps: Nortel a encore perdu 99 millions de dollars au dernier trimestre. A quand un retour vers les chiffres noirs?

Wim Te Niet: Sans doute pour notre exercice annuel 2006. Il faut savoir que nos dépenses en recherche et développement doivent rester très élevées, et qu'en parallèle les prix ne cessent de baisser. Mais notre programme de réduction des coûts et d'amélioration de la qualité commence à déployer ses effets.

– Quels sont les secteurs clés de Nortel aujourd'hui?

– Depuis sa création il y a 112 ans par Alexander Graham Bell, Nortel s'est toujours concentré sur les télécommunications. Nous avons identifié trois axes majeurs. D'abord la mobilité, avec des réseaux de quatrième génération, Wi-Max (ndlr: du Wi-Fi étendu), avec des débits de 50 Mo/s. Ensuite les synergies entre la transmission de voix et de données, notamment grâce à notre partenariat avec Microsoft. Enfin les services aux entreprises pour la construction, et la gestion de leur réseau. Globalement, nous ne voulons être que sur des marchés où nous avons au minimum 20% de parts de marché.

– Nortel investit massivement dans le Wi-Max. Or en Suisse, l'intérêt est quasi nul pour cette technologie…

– Un réseau 3G (UMTS) ne supporte pas que 6 à 10% de ses utilisateurs utilisent de la vidéo sur leur portable, car la largeur de bande est trop faible. L'augmentation des appels vidéos et de la vidéo à la demande sur mobile va pousser les opérateurs à investir dans de nouveaux réseaux. Fin 2007, nos premiers réseaux Wi-Max seront construits, en Grèce et au Canada. Avant cela, il est clair que les opérateurs veulent rentabiliser leurs licences UMTS, parfois achetées à des prix astronomiques.

– L'alliance Nokia-Siemens et la fusion Alcatel-Lucent vous mettent sous forte pression…

– Nous ne sommes pas inquiets. Notre taille est suffisante et nous sélectionnons avec soin les marchés qui nous intéressent. Globalement, le problème vient de la baisse importante des prix, qui nous pousse massivement à investir en recherche. Car si les marges sur les nouveaux produits sont importantes, elles diminuent ensuite rapidement. Cela n'est pas sain pour notre industrie.

– Quelle est l'importance des réseaux fixes pour Nortel?

– Les sociétés qui ont quitté ce secteur pour se concentrer sur les réseaux mobiles n'ont pas forcément fait le bon choix. Car toutes les communications transitent forcément par un réseau fixe. D'ici peu, une connexion de 5 Mo/s ne sera pas suffisante à votre domicile pour surfer sur le Net et recevoir des émissions TV en haute définition sur plusieurs téléviseurs. La demande pour la bande passante va donc croître fortement, et de façon symétrique, comme pour effectuer des appels vidéo. Nous installons sans cesse des réseaux de fibre optique et développons d'importants réseaux pour France Télécom, Colt ou MCI.

– Quelle est votre position en Suisse?

– C'est un marché extrêmement intéressant. Non seulement parce que nous sommes fournisseurs de Swisscom et Sunrise, mais aussi parce que des multinationales, des banques et des organisations internationales comptent parmi nos clients.