«Nous devons d'abord montrer que nous sommes capables de fixer seuls notre destin.» Christoph Franz, président de la direction de Swiss, ne perd pas le sens des priorités. La question de l'alliance est primordiale dans le transport aérien, mais elle n'entre pas en discussion tant que la situation financière ne permet pas de négocier de bonnes conditions.

Devant la presse, le patron de Swiss utilisa donc constamment la phrase «aucun commentaire» à toute requête portant sur ce chapitre. Pourtant, l'opération Lufthansa se met place. Le quotidien allemand des affaires Handelsblatt estime que les négociations ont démarré, l'AFP qu'une réunion de hauts responsables se tenait vendredi après-midi sur ce thème à Zurich. Et l'action Swiss bondissait de 19% à 10,40 francs vendredi à la Bourse suisse.

L'amélioration sensible des résultats et la perspective d'un bénéfice net en 2006 rapprochent la compagnie nationale de la table de négociations. Mais la position de Swiss reste vulnérable. «Compte tenu des paramètres actuels, la compagnie serait incapable d'afficher un résultat équilibré ou positif en 2005 sans appliquer sans délai les mesures prises en janvier», insiste Christoph Franz. L'objectif consiste à économiser 300 millions de francs d'ici à 2007, notamment à travers une réduction de 13 avions et la suppression de 800 à 1000 emplois d'ici à la mi-2006. Les négociations avec les huit syndicats concernés sont en cours pour accroître la productivité. Cela après une diminution de 19% des charges de personnel en 2004.

Partenariat avec Air France

A Bâle et à Genève, les négociations se poursuivent également pour améliorer les coûts de production. Les vols qui ne seront plus effectués par des avions Swiss seront repris par des partenaires. Vendredi, la direction a annoncé par exemple un partenariat avec Air France pour Genève, valable à partir du 1er mai. Dix liaisons quotidiennes avec Paris seront en partage de code, alors qu'aujourd'hui Swiss offre six liaisons quotidiennes.

Les priorités à court terme du management concernent avant tout le retournement financier et le renforcement du hub de Zurich. A Kloten, la part de marché des compagnies à bas coût s'est accrue de 4 à 14% en trois ans. Cette ascension s'accompagne d'une dramatique chute du rendement des sièges au kilomètre sur les destinations européennes. La baisse est en effet de 3% en moyenne sur les marchés européens, de 6% sur le hub de Zurich et même de 14% à Kloten sur les routes disputées par les compagnies à bas coût. Swiss doit accroître sa productivité. Ce qu'elle a réussi en 2004.

Face à un recul du chiffre d'affaires de 12%, les charges d'exploitation chutent de 19%. Le bénéfice d'exploitation, négatif de 122 millions, est pourtant insatisfaisant, selon Christoph Franz. Mais les progrès sont indiscutables. Le groupe présente un cash-flow opérationnel de 189 millions, après un résultat négatif de 340 millions l'année précédente. Sur ses deux grands marchés, les vols européens et les vols intercontinentaux, le contraste ne peut être plus grand. Le rendement baisse de 3,2% sur les premiers, mais augmente de 3,1% sur les seconds.

La situation s'est en outre compliquée par le renchérissement du carburant. Le coût des matières premières aurait reculé de 29% en 2004, et non de 19%, si le kérosène ne s'était pas apprécié. Ce mouvement était d'autant plus dommageable que Swiss, faute de liquidités, ne pouvait plus se protéger. Le crédit bancaire récemment obtenu lui permet de mieux respirer et d'établir un hedging sur le carburant, à hauteur de 27%. La dette financière nette a baissé à 594 millions (–16%), et la trésorerie s'est un peu améliorée en fin d'année. Mais, avec un ratio de fonds propres de 26% au bilan, le groupe ne peut même pas imaginer procéder à des investissements dans une nouvelle flotte ou une stratégie d'expansion.