Nouveau rebondissement dans le feuilleton Progress Watch. La société, qui entend se positionner sur le marché du mouvement horloger mécanique de gamme supérieure, paraît retrouver des couleurs. Elle annonce l'arrivée de Jean J. Jacober au conseil d'administration, précise que la situation conflictuelle qui opposait Peter Gschwind et Elmar Mock est enfin assainie, et signale avoir trouvé le soutien financier nécessaire au redéploiement de la compagnie.

Progress Watch avait fait grand bruit l'an dernier, en se profilant comme nouveau venu sur la scène des fabricants de mouvements mécaniques de la gamme supérieure. A la flambée d'intérêt ont rapidement succédé les tensions, puis un conflit virulent entre Peter Gschwind et Elmar Mock, respectivement président du conseil d'administration de Progress Watch Corp. et président du conseil de Progress Watch SA, filiale de la première. Au cœur d'une polémique qui a terminé en guerre ouverte par communiqués de presse interposés, les accusations entre les deux hommes sur la situation financière de la société fusent.

Au terme de diverses péripéties juridiques, entre décisions contestées, recours, audit (en cours) et décision de la Cour d'appel bernoise confirmant récemment l'exclusion d'Elmar Mock du conseil d'administration de Progress Watch SA, la société paraît avoir évité l'abîme. Elle devrait pouvoir repartir sur des bases clarifiées, après avoir perdu du temps et une large part de la crédibilité dont elle était initialement dotée dans le milieu horloger. C'est que Progress Watch se lance sur un terrain porteur: le marché du mouvement mécanique sur lequel s'exerce actuellement une forte demande, et propose un calibre automatique 11,5 lignes assorti d'un calibre chronographe et 11,5 lignes avec roue à colonnes. Une offre de base correspondant aux besoins les plus larges de l'industrie horlogère, et qui est appuyée en amont par un ensemble permettant d'assurer une production autonome.

Le groupe a pris le contrôle à l'automne dernier de plusieurs sociétés actives dans le développement et la construction (Ind'M SA à Fontaines/NE) et Conseilray SA (La Chaux-de-Fonds), dans l'usinage de composants de précision (UF Microtechnique S.A. (Le Locle), dans l'étampage (Aigat SA et Claude Lenherr S.A: La Neuveville/BE), dans le développement et la production de spiraux (Spir-It SA/Bienne). Le groupe possède un centre de production à Tramelan alors que le siège administratif est à Bienne. Au total, les effectifs réunissent sur les divers sites 140 collaborateurs.

L'arrivée de Jean J. Jacober en qualité de Strategic & Operational Advisor chez Progress Watch Corp. marque la volonté de se doter d'un manager professionnel et chevronné à même d'exploiter cet actif. «JJJ» sera le pivot de l'optimisation du groupe: son expérience accumulée chez Patek Philippe d'abord, puis à la tête du Groupe horloger Breguet jusqu'à son rachat par le Swatch Group ensuite, le confirme. L'apport de capitaux par «d'importants investisseurs qui ont décidé «d'assurer son développement futur» contribue à stabiliser Progress Watch. Lesquels? Si leur identité n'est pas révélée, tout au plus peut-on préciser qu'ils sont majoritairement européens et actifs dans la banque, les services et l'investissement privé. Peter Gschwind, CEO de Progress Watch Corp., révèle que les investissements prévus pour cette année atteindront 25 à 30 millions de francs.

Les premières séries fonctionnelles de mouvements sont en production et les livraisons devraient débuter dès le deuxième semestre pour finalement se concentrer sur le calibre automatique. «Nous avons prévu un volume mensuel de 5000 unités au minimum, bien que la demande nous pousse à augmenter rapidement les quantités. Le chronographe, quant à lui, va prendre son rythme industriel de croisière à l'automne également. Les spiraux sont en phase d'évaluation, la production démarre en août.» Certaines sources horlogères font de leur côté état d'un objectif qui pourrait atteindre assez rapidement plusieurs centaines de milliers de pièces. Et cet interlocuteur de conclure: «La substance est là, Progress Watch a les produits, les moyens et le personnel qualifié. Elle est potentiellement performante».