Le Temps: Le rapprochement avec Atel pour créer un groupe au chiffre d'affaires annuel de 14 milliards de francs se réalisera-t-il encore cette année? Hans Schweickardt:Lors de la dernière assemblée générale d'Atel, son président a confirmé ce calendrier. Je suis optimiste et convaincu qu'on va y arriver.

- Concrètement que reste-t-il à faire?

- Nous devons encore avaliser les résultats de la valorisation des actifs apportés par les parties. J'ai appris récemment que le groupe français EDF, qui détiendra 25% du futur «Groupe ouest», engloberait éventuellement ses actifs suisses, notamment ses parts de propriété des barrages d'Emosson et de Mauvoisin. L'expression «éventuellement» me dérange. Soit on apporte des actifs, soit on ne les apporte pas.

- L'apport d'EDF pourrait-il finalement se faire en argent liquide?

- C'est bien là que réside le problème. Nous avons toujours dit préférer une solution industrielle. Or une solution industrielle doit être constituée d'actifs qui permettront, dans un deuxième temps, de générer des bénéfices en argent liquide.

- Le projet d'usine thermique à Chavalon est-il toujours gelé?

- Oui, et cela va coûter cher à l'économie suisse qui a besoin de nouvelles centrales de production d'électricité dans notre pays afin de pallier la pénurie et d'éviter de subir davantage la hausse du prix du courant sur le marché libre européen.

- Pourquoi la facture sera-t-elle plus salée?

- Les hésitations politiques à propos de la compensation des émissions de CO2 ont pour conséquence une multiplication du prix de revient de l'installation par un facteur d'au moins deux. Le courant produit par cette centrale aurait coûté 10 centimes le kWh si la décision de construire avait été prise il y a deux ans. Aujourd'hui, on tourne autour de 24 à 25 centimes le kWh. Les fournisseurs d'installations, confrontés à une forte demande en Europe, ont doublé leurs prix, et celui de l'approvisionnement en gaz basé sur des contrats à long terme a aussi pris l'ascenseur. D'ailleurs, on ne sait toujours pas quelle est l'exigence de Berne en matière de compensation pour l'émission de CO2.

- Pourtant, l'abaissement à 50% du taux de compensation, en Suisse, du CO2 émis par l'usine de Chavalon, que vous exigiez de la part du monde politique pour construire, a été accordé par Moritz Leuenberger...

- Le ministre de l'Energie l'a certes accepté, mais c'est loin d'être inscrit dans le marbre tant que le parlement ne s'est pas prononcé. D'ailleurs, l'administration fédérale a encore d'autres exigences qui rendent impossible la construction de Chavalon.

- C'est-à-dire?

-On nous demande un rendement énergétique de 62%, critère techniquement impossible à respecter pour une centrale thermique moderne dont le rendement se limite à 58% si vous produisez uniquement de l'électricité. Un rendement supérieur est réservé aux installations produisant avant tout de la chaleur. Or Chavalon est destinée à la production d'électricité.

- Pourquoi le pouvoir politique ferait-il une erreur en renonçant à la construction de Chavalon?

- Cette centrale serait idéale pour remplir les conditions de production de l'énergie de réglage. Cette énergie de réserve, qui permet d'éviter les black-out, doit aujourd'hui provenir d'installations souples comme les bassins d'accumulation des barrages. Mais cette énergie de pointe tirée des installations hydrauliques vaut cher. Cela explique en partie la hausse du prix de l'électricité pour les services-systèmes (0,9 centime le kWh) assurés par Swissgrid. Chavalon permettrait donc, à moyen terme, de peser à la baisse sur le prix de l'électricité.

- Quelles sont vos prévisions économiques pour 2008, après le bénéfice record extraordinaire de 334 millions de francs en 2007?

- Le montant de 334 millions comprend une réévaluation d'actifs de l'ordre de 247 millions. Le bénéfice net réel est donc de 87 millions. A moins d'un tremblement de terre, EOS se dirige vers une augmentation raisonnable de son chiffre d'affaires et de son bénéfice.