Union à deux, trois, quatre ou rupture pure et simple des fiançailles? Les hypothèses alternatives au projet de mariage entre le New York Stock Exchange (NYSE) et Euronext proclamé à grand bruit le 1er juin ont gagné en plausibilité ces derniers jours. Pour mémoire, la Bourse européenne (Amsterdam, Bruxelles, Paris, Lisbonne) a prévu de convoquer l'assemblée générale extraordinaire qui permettra à ses actionnaires d'avaliser le projet en décembre, avant que les régulateurs de marché ne donnent à leur tour leur assentiment.

Mais, la semaine passée, la publication d'un rapport de Paris Europlace, l'association de promotion de la place de Paris, a vigoureusement dénoncé les faiblesses du dossier. Commandé à Henri Lachman, le président du Conseil de surveillance du groupe industriel Schneider, il avait pour objet de jeter un œil neuf sur le mariage. Or sa conclusion est sans appel: «Il ne s'agit pas d'une fusion entre égaux, mais d'une prise de contrôle d'Euronext par le NYSE.» Henri Lachman s'est également déclaré hostile au projet de rachat d'Euronext tel que formulé par Deutsche Börse mi-juin. Il a en revanche esquissé une solution européenne intermédiaire, jamais envisagée auparavant: un apport par la Bourse de Francfort de son marché d'actions à Euronext moyennant une prise de participation de 15 à 20%. Jean-François Théodore, le président d'Euronext, a depuis interprété cette suggestion à sa manière en se déclarant favorable à ce rapprochement limité avec l'entreprise qu'il entend former avec le NYSE.

Quoi qu'il en soit, le rapport Lachman a fourni le prétexte d'une nouvelle montée au créneau de Jacques Chirac. S'exprimant en son nom et en celui d'Angela Merkel, il a indiqué jeudi à l'issue d'un Conseil franco-allemand «privilégier une solution européenne». Le mariage transatlantique ne fait d'ailleurs pas grincer des dents que les seuls politiques. Selon le quotidien français La Tribune, les entreprises cotées redoutent, malgré les assurances réitérées du NYSE, d'Euronext et des régulateurs des deux Bourses, une immixtion progressive en Europe de la régulation américaine et des contraignantes dispositions de la loi Sarbanes-Oxley.

Ces éléments encouragent les partisans d'un scénario continental à ne pas baisser les bras. Vendredi, la Bourse allemande est ainsi revenue sur le devant de la scène. Tout en soulignant qu'elle ne jugeait pas attractive «l'idée d'apporter ses activités d'actions au comptant à une entité combinée NYSE-Euronext», elle a indiqué avoir formellement déposé son projet de fusion avec Euronext devant la Commission européenne. Cette dernière a dorénavant jusqu'à 35 jours ouvrables pour se prononcer sur les questions de concurrence que soulève cette éventuelle alliance. Alliance qui se pourrait dorénavant tripartite: anxieuse de ne pas rester en marge de la consolidation, la Bourse de Milan a signé hier une lettre d'intention qui l'associe au projet de Deutsche Börse de constituer un ensemble fédéral de Bourses européennes.

Un projet dont on imagine encore mal la concrétisation. De peur de tomber sous sa coupe, Euronext a toujours manifesté une franche opposition aux avances de sa puissante consœur d'outre-Rhin. En outre, «l'offre du NYSE est plus intéressante que celle de Deutsche Börse car elle présente une partie cash (ndlr: liquide) plus importante», estime Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Equities.