Après quelques jours d'un demi-suspense, le groupe d'information financière Thomson a confirmé hier vouloir acquérir son concurrent britannique Reuters.

Les actionnaires de Reuters se voient proposer 352,5 pence en cash pour chaque action détenue, auxquels s'ajoute le versement de 0,16 action Thomson. Sur la base du cours de clôture de Thomson lundi soir à Toronto, le projet d'offre fait ressortir une valorisation de 697 pence par action Reuters - contre un cours de 615,75 pence vendredi soir - soit au total près de 13 milliards d'euros.

Si les deux groupes ont rappelé dans un communiqué que «les discussions en sont à un stade où il n'y a encore aucune assurance qu'un accord sera obtenu» et qu'il y a encore «beaucoup de choses à régler», l'affaire semble cependant suffisamment avancée pour croire à un dénouement proche.

Ainsi, il a déjà été décidé que la nouvelle entité s'appellerait Thomson-Reuters mais adopterait les statuts de Reuters afin de rassurer les administrateurs de l'agence britannique qui disposent d'une action spécifique leur permettant de bloquer toute OPA sur la société. Par ailleurs, l'activité d'information financière et d'agence de presse conserverait le nom de Reuters tandis que le nouveau groupe garderait une double cotation à Londres et à Toronto. Pour finir de convaincre leurs actionnaires, les dirigeants des deux agences ont annoncé qu'ils comptaient dégager 370 millions d'euros de synergies annuelles dans les trois ans.

Woodbridge, le holding de la famille Thomson, détiendrait 53% environ du nouveau groupe. Les autres actionnaires du groupe canadien auraient 23% du nouvel ensemble et les actionnaires de Reuters 24%.

Pour l'agence britannique fondée en 1851 dans le but d'apporter des informations sur la guerre de Crimée grâce à un système de pigeons voyageurs, ce sera la fin d'une longue histoire. Mais face à la concurrence de Bloomberg et alors que le groupe Dow Jones fait l'objet d'une OPA de 5 milliards de dollars lancée par News Corp. (le holding de Rupert Murdoch), Reuters et Thomson ont aussi besoin de se renforcer. En unissant leurs forces, les deux protagonistes deviendront le numéro un des «données de marché» avec 34% de parts de marché, devant Bloomberg. Mardi, à la mi-journée, l'action Reuters prenait 4,26%, à 642 pence.

Reuters, qui emploie 16900 personnes dans le monde, a réalisé un chiffre d'affaires de 2,7 milliards de livres (environ 5,4 milliards de dollars) en 2006, dont plus de 90% dans la fourniture de données financières.

Thomson, qui emploie 32000 personnes, a réalisé quant à lui un chiffre d'affaires de 6,6 milliards de dollars en 2006. La Tribune