Portrait

Les projets de Laurent Gagnebin à la tête de Rothschild & Co

Le Vaudois Laurent Gagnebin dirige la banque Rothschild & Co à Zurich depuis un an. Fils et petit-fils de banquier, il a adopté une stratégie offensive pour son établissement, à l’inverse de la plupart de ses concurrents

Depuis un an, un Romand est à la tête de la banque privée de Rothschild & Co à Zurich. L’institut de gestion de fortune, situé sur les hauteurs du quartier cossu de Seefeld, dispose de 26 milliards de francs d’actifs. Il s’agit du Vaudois Laurent Gagnebin, fils de Georges Gagnebin, ancien directeur général d’UBS et ancien vice-président de Julius Baer, et petit-fils du directeur de la Banque Cantonale de Berne. «S’il s’agit d’une petite dynastie, elle n’est rien par rapport à celle des Rothschild», ironise-t-il.

Hôtelier devenu banquier

Le parcours de Laurent Gagnebin est singulier. Il fait d’abord l’Ecole hôtelière de Lausanne avant de devenir responsable de la restauration du Palace de Gstaad et finalement de bifurquer vers la gestion de fortune. «La première fois, on m’a proposé de tenir la cantine d’une banque», explique-t-il. Il se lance ensuite dans le courtage d’actions américaines, à Nyon, passe son MBA et entre chez Goldman Sachs. «Tous les matins à 7 heures, nous avions un test sur le contenu de la presse économique du jour et des questions de culture générale, et la sélection était forte. Mais cela me paraissait normal», se rappelle-t-il. Lors de la grande restructuration de 2008, il échappe aux licenciements. Il rejoint ensuite Investec, puis Rothschild & Co à Genève. «La culture familiale, orientée sur le long terme, et sa dimension globale constituent les deux atouts majeurs de la banque», constate Laurent Gagnebin.

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L’institut emploie 270 collaborateurs en Suisse, dont environ 50 à Genève, y compris Rothschild Trust, dans ses nouveaux bureaux de la Corraterie. La banque appartient au groupe coté français Rothschild & Co (à ne pas confondre avec la Banque Privée Edmond de Rothschild). Le groupe, autrefois appelé Paris Orléans, est historiquement la société de chemin de fer entre Paris et Orléans qui est devenue un holding financier.

Une stratégie offensive

A l’inverse de presque toute la branche, la stratégie de Laurent Gagnebin se veut «offensive». Sa tâche consiste à augmenter les clients, les actifs et les conseillers. Une recette qui a bien fonctionné lorsqu’il était à la tête de l’établissement à Genève. En trois ans, les effectifs ont doublé et les actifs triplé. La méthode? «Nous nous sommes concentrés totalement sur nos clients», explique-t-il simplement.

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A la direction à Zurich, Laurent Gagnebin estime avoir eu la chance d’être arrivé «après le travail de conformité effectué par mon prédécesseur». Depuis un an, «ma tâche a d’abord consisté à recentrer les forces sur les clients et en particulier sur le processus d’investissement», ajoute-t-il. La prochaine étape sera de réduire le rapport entre coûts et revenus, aujourd’hui à 90% et au-dessus de la concurrence, afin de se redéployer sur de nouveaux projets. Il ne s’agit pas de réduire les effectifs, mais de procéder à une automatisation de certaines tâches, de passer à l’ère numérique pour divers services aux clients et de se limiter à quelques marchés cibles, la Suisse (premier marché de la banque), l’Allemagne, l’Asie, la région ibérique, Israël et la Russie.

Un marathonien et non un sprinter


Avec ses 3300 employés, répartis dans 50 filiales et 40 pays, le groupe Rothschild & Co offre une large palette de services (trust, conseils en fusion et acquisition, gestion de fortune, gestion d’actifs et capital investissement) et, surtout, il considère ses clients comme des partenaires à long terme. Dans la banque privée, «pas de rétrocession, pas d’objectifs de placement de fonds ou de transactions. Nous nous orientons moins sur le résultat trimestriel. Nous sommes des marathoniens et non des sprinters», lance-t-il. Le service est plus individualisé qu’ailleurs dans la mesure où la banque compte un conseiller pour 28 clients. Les grandes banques en comptent dix fois plus. L’accompagnement à long terme se lit aussi dans l’engagement de la banque auprès des start-up, sous forme de conseil et d’investissement, à l’image de celui dans la société de travail temporaire en ligne Staff Finder, aujourd’hui devenue Coople.

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La banque privée de Rothschild & Co se caractérise aussi par une forte proportion de clientèle discrétionnaire (40%). «Mon objectif est d’accroître la partie conseil (Advisory, 10%), au détriment des mandats de pure exécution (50%)», explique le directeur général. Encore une fois le focus sur la dimension long terme. Le fait de présenter une performance supérieure à la référence (statistiques ARC) devrait l’aider.

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