Le plénum du Parti communiste chinois qui s’est terminé il y a une semaine aura donc finalement été à double détente. Après la diffusion, le soir de sa clôture, d’un premier communiqué aussi ambitieux dans ses objectifs que flou dans sa méthode, c’est finalement la publication, trois jours plus tard, d’un texte beaucoup plus précis qui a fait souffler un vent d’optimisme parmi les analystes et les investisseurs. Pour preuve, les bourses de Shanghai et Hongkong ont connu, hier, de belles envolées. A Hongkong, la hausse de 2,8% était tirée par les actions des sociétés chinoises, en progression de plus de 5% en moyenne. Ce sont les titres des sociétés positionnées sur le secteur de la grande consommation qui ont le plus bénéficié de cet optimisme, car les réformes qui se dessinent devraient agir positivement sur la consommation des ménages.

Le document publié, vendredi soir, par le Parti communiste consiste en une liste de 60 chantiers. Ils visent, comme prévu, à remettre le marché au centre du jeu, en exerçant notamment une plus forte pression sur les groupes publics, et par conséquent à changer le rôle que doit jouer le gouvernement dans ce cadre. Pékin ose également des réformes démographiques qui devraient desserrer la contrainte de la politique de l’enfant unique en même temps qu’elles faciliteront le processus d’urbanisation.

Comme toujours avec les promesses de réformes chinoises, certains observateurs continuent d’opter pour la prudence, rappelant que l’équipe dirigeante précédente n’a cessé de vouloir le changement sans jamais le mettre en œuvre. Les autorités actuelles elles-mêmes se gardent de tout triomphalisme puisqu’elles se donnent jusqu’à 2020 pour concrétiser les grands axes qui viennent d’être définis.

Mais Louis Kuijs, économiste en chef pour la Chine chez RBS, note de vraies nouveautés dans ce texte. «Pour la première fois, nous avons affaire à un projet qui adopte une approche vraiment globale et qui ne laisse de côté aucun des grands sujets», se réjouit l’économiste.

Plus encore, c’est la méthode qui est source d’optimisme. Il est en effet prévu de créer une équipe restreinte, dont la rumeur affirme qu’elle devrait être dirigée par une des plus hautes personnalités de l’Etat, afin de mener le programme de réformes. «Alors que la recherche systématique du consensus a eu tendance à faire traîner la résolution des dossiers importants et sensibles, on voit aujour­d’hui Pékin opter pour une méthode susceptible d’accélérer les choses, et que beaucoup d’observateurs comme la Banque mondiale avaient conseillé à la Chine ces dernières années», ajoute Louis Kuijs.

L’assouplissement de la politique de l’enfant unique ne commencera à porter ses fruits que dans au moins une décennie, même si «les bénéfices à long terme s’annoncent considérables», estime la banque australo-néo-zélandaise ANZ, selon laquelle l’accroissement provoqué dans la consommation des ménages d’ici à 2030 «devrait représenter environ 0,3% à 0,45% du PIB». (LT)

«Pour la première fois, nous avons affaire à un projet qui adopte une approche vraiment globale»