Multinationales

La promotion économique régionale marque le pas

Le Greater Geneva Berne area (GGBa) a sensiblement moins attiré d’entreprises en 2015 que l’année précédente. Mais son pouvoir de séduction reste stable en moyenne depuis sa création en 2010

L’exercice 2015 a été «conforme aux attentes». Et 2016 s’annonce «raisonnablement» prometteuse. C’est en ces termes, mardi, que le GGBa (Greater Geneva Bern area), organe de promotion économique de Suisse occidentale, a qualifié ses derniers résultats – parmi les plus mauvais depuis sa création en 2010 – et évoqué ses perspectives en cours. Cofinancé par les cantons de Vaud, du Valais, de Neuchâtel, de Fribourg, de Berne et de Genève, la plateforme est parvenue à attirer l’an dernier 51 entreprises étrangères dans la région.

Officiellement, ces nouvelles implantations promettent de créer 218 emplois d’ici à la fin de cette année et offrir 604 postes de travail à l’horizon 2018. La cuvée 2015 s’avère toutefois décevante par rapport à l’exercice précédent, où le GGBa avait séduit 87 sociétés étrangères, pour 425 emplois immédiats – soit plus du double que l’année passée – et 1045 à terme. «Le nombre moyen d’implantations est d’une cinquantaine par an [ndlr: contre une trentaine pour Genève]», précise Thomas Bohn. Et le directeur du GGBa depuis fin 2014 de nuancer: «S’il est vrai que le potentiel d’emplois est en baisse à court terme, les bénéfices de ces projets doivent se mesurer à moyen terme.»

Selon nos informations, Neuchâtel – qui vient de succéder au Valais à la présidence du GGBa pour deux ans – aurait fait part, comme d’autres cantons non lémaniques, d’une certaine amertume au regard des résultats présentés mardi. «Faux, rétorque Thomas Bohn. Neuchâtel a attiré l’an passé la Maison Ferrié Paris, active dans les cosmétiques haut de gamme.» Mieux: depuis janvier, le GGBa a déjà concrétisé deux implantations intéressantes dans ce canton, en plus de deux autres en Valais et une à Fribourg.

Dès lors, pourquoi ne connait-on pas la répartition cantonale de ces installations? «Traditionnellement, le GGBa ne communique que des chiffres régionaux consolidés. Aux cantons de décider s’ils veulent en partager le détail», souligne Thomas Bohn. Pour preuve, le nouveau président du GGBa et conseiller d’État neuchâtelois Jean-Nathanaël Karakash a salué mardi dans la presse les statistiques promotionnelles de 2015, estimant qu’elles répondent – qualitativement parlant – aux attentes de son canton et à sa douzaine d’implantations annuelles enregistrées ces dernières années.

Appels à réduire les budgets?

Le GGBa a redimensionné son dispositif pour les pays émergents (BRIC). L’Inde depuis 2013, et la Russie depuis 2015 – marché pourtant connu pour être porteur et pour lequel le canton de Vaud à un très fort intérêt – n’ont par exemple plus de représentant attitré. «Nous avons décidé de travailler de façon plus agile, sans collaborateur fixe sur place, en fonction des opportunités et par des voyages réguliers en collaboration avec le Swiss Business Hub», explique Thomas Bohn. Le GGBa a aussi augmenté ses effectifs en France, marché considéré comme facile, ses entreprises venant généralement en Suisse par elles-mêmes. «La France reste un pays prioritaire, notamment en raison de son tissu technologique. Raison pour laquelle nous y avons engagé un troisième collaborateur, soit un ingénieur de formation. Les deux autres représentants étant proches, voire ayant dépassé l’âge de la retraite, je devais aussi penser à l’avenir», indique-t-il.

Qu’en est-il de Switzerland Global Entreprise (SGE), critiqué pour ses efforts de promotion économique nationale brouillant les messages du GGBa et compliquant la visibilité des investisseurs étrangers? «Un nouveau contrat a été signé entre les 26 cantons, le Secrétariat d’État à l’économie et SGE pour la période 2016-2019. La situation s’est donc déjà améliorée et la collaboration se passe dans un bon esprit», souligne Thomas Bohn. Le renouvellement du contrat de trois ans entre le GGBa et la région arrive à terme fin 2016. Selon nos sources, des parlementaires auraient exigé des réductions budgétaires pour leurs circonscriptions respectives. «Je n’ai pas connaissance de remises en question de cet ordre. Je suis confiant quant aux futures modalités de collaboration et de financement. Il est dans l’intérêt de chacun des six cantons d’être membre d’une structure qui fonctionne bien, plutôt que d’être en dehors», conclut le nouvel homme fort du GGBa.

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«Un «Google de demain» doit arriver cette année en Suisse occidentale»

Dans la foulée des résultats du GGBa en 2015, son nouveau directeur depuis un peu plus d’un an Thomas Bohn revient sur l’ouvrage à charge publié par son prédécesseur et s’exprime sur les critiques liées à la gouvernance de la plateforme de promotion économique régionale.

Vous avez déclaré en 2014 que votre objectif était d’attirer les «Google de demain». Qu’en est-il?

Au 2e semestre de cette année, nous allons annoncer une implantation dans le secteur IT qui correspond à cette catégorie d’acteur. Il s’agit d’une entité originaire d’un pays émergent, mais je ne peux pas en dire plus à ce stade.

Vu les incertitudes liées notamment au dossier clé RIE III, votre pipeline de projets s’est-il érodé?

Non, il s’est au contraire renforcé en 2015 avec plus de 250 nouveaux projets. Je suis plus qu’optimiste pour l’avenir, car nous avons un taux de transformation élevé. A ce stade, nous prévoyons de concrétiser près de 60 nouvelles implantations en 2016. Toutefois, nous ne faisons pas la course aux chiffres, mais à la substance.

Il semblerait que le livre de Philippe Monnier a été interdit de lecture au sein du GGBa.

En tant que fidèle adjoint de son auteur pendant 4 ans, qu’en pensez-vous? J’ai lu le livre de Philippe et personne n’a interdit à quiconque de le lire. Philippe ressentait le besoin de l’écrire, ce qu’il a fait. Personnellement, il ne me serait pas venu à l’esprit de faire pareil avec mon ancien employeur.

Le GGBa a-t-il toujours une gouvernance à trois organes, se considérant chacun comme un conseil d’administration. S’agit-il d’une faiblesse structurelle?

J’ai repris la direction du GGBa ad intérim en décembre 2014 et je peux vous dire qu’il n’y a aucun souci au niveau de la gouvernance. 

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