Croissance

La promotion économique de Suisse occidentale signe son plus mauvais score depuis sa création

Le «Greater Geneva Bern Area» a attiré 42 sociétés, contre 58 en moyenne depuis 2010. Mais son pipeline d'implantations dénombre 800 projets en cours. Les explications de son directeur général, Thomas Bohn

Le Greater Geneva Bern area (GGBa), organe de promotion économique exogène regroupant les cantons de Berne, Fribourg, Vaud, Neuchâtel, Genève et Valais, a séduit 42 entreprises l’an passé, contre en moyenne 58 ces sept dernières années. La cuvée 2016 a même été plus de deux fois moins généreuse que celle de 2014, avec 87 nouvelles implantations.

Raison avancée pour ce recul: les sociétés ont reporté leurs projets d’installation en Suisse occidentale en raison des incertitudes sur la scène internationale et nationale (Brexit, élection de Donald Trump, RIE III, etc.). Les 42 sociétés qui ont quand même franchi le pas promettent de générer 160 emplois dans l’année suivant leur arrivée sur le sol helvétique. Pour quelque 500 nouveaux postes de travail à l’horizon 2020. Entretien avec Thomas Bohn, cheville ouvrière du GGBa.

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Le Temps: Plus de la moitié des entreprises étrangères que vous avez attirées en 2016 proviendraient de France. Pourquoi, sachant que ces sociétés s’implantent généralement d’elles-mêmes en Suisse (la chambre de commerce franco-helvétique chiffre même ces nouvelles arrivées à 600 par an)?

Thomas Bohn: La mission du GGBa n’est pas d’attendre que les entreprises à fort potentiel viennent à lui. Sa vocation est d’identifier les pépites, cibler les projets susceptibles de s’intégrer dans l’écosystème de Suisse occidentale et d’aller les chercher. Une entreprise qui cherche à ouvrir sur notre territoire un simple bureau commercial ne relève, a priori, pas d’un grand intérêt. A quelques exceptions près, comme le groupe pharmaceutique belge UCB qui, d’une simple antenne commerciale à Bulle, a fini par investir plus de 300 millions de francs pour développer son site.

- Ces dernières années, des noms prestigieux se sont installés en Suisse, comme Facebook, Google, BioGen, Luxoft ou encore Softline. Pourquoi ont-ils tous atterri à Zurich?

- Google est arrivé il y a plus de 10 ans. Beaucoup de choses ont changé depuis. La Suisse occidentale compte aussi de nombreux fleurons. Par exemple, le groupe australien CLS Behring, qui a annoncé en 2014 des investissements jusqu’à 400 millions de francs dans la région de Berne, créant ainsi 300 emplois. Ou encore le conglomérat industriel américain 3M, lequel commercialise notamment les marques Scotch ou encore Post-it, qui a relocalisé en Suisse, avec 250 postes de travail à la clé. Il s’agit là d’investissements majeurs, de dimension mondiale.

- Avez-vous attiré l’an dernier des entreprises aussi prometteuses?

- Absolument. Mais je n’ai pas l’autorisation de divulguer leur identité. Toutefois, parmi les entités ayant consenti à ce que leur nom soit publié, figure Wama Diagnóstica, une entreprise brésilienne de 100 employés, active notamment dans la recherche contre les virus Zika ou la dengue, qui s’est établie à Monthey (VS) pour conduire ses études en Europe. Ou encore Teamnet, spécialiste roumain de l’informatique et des technologies de drone, qui comptait un employé il y a seize ans. Ses effectifs dépassent aujourd’hui les 800 salariés dans le monde, dont moins d’une poignée à l’EPFL, pour un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros.

- Vous aviez annoncé dans nos colonnes l’arrivée du «Google de demain» pour 2016. Qu’en est-il?

- Dans les milieux de la promotion, nous n’aimons pas nous étendre sur les projets en cours. Tout ce que je peux dire, c’est que nous recensons pour l’heure 800 projets d’implantation, actifs en parallèle.

- Il paraît que le numéro un mondial du jeu vidéo, le Chinois Tencent, avec lequel les négociations durent depuis plusieurs années déjà, a fini par abandonner l’idée de venir en Suisse.

- C’est faux. Nous connaissons très bien cet acteur numérique de premier plan. Il figure au rang des nombreuses sociétés avec lesquelles nous discutons toujours. 


Genève change de cap

La promotion cantonale s’est donné une nouvelle orientation. En 2016, elle a moins concentré ses efforts à séduire des entreprises étrangères qu'à renforcer le tissu local

Le bilan 2016 de la promotion économique genevoise paraît maigre: 23 nouvelles implantations, contre 31 en 2015 et 35 un an plus tôt. Ensemble, les derniers venus actifs principalement dans la finance, les services informatiques et le négoce de matières premières, devraient générer 240 emplois sur trois ans. Soit environ moitié moins que ce qui avait été annoncé pour la cuvée 2014. L’année suivante a enregistré, pour la première fois depuis 2012, l’arrivée de six quartiers généraux au bout du lac.

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Genève s’est à présent doté d’une nouvelle direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation (DGDERI), laquelle est censée donner une nouvelle orientation – au carrefour entre réflexion stratégique et direction opérationnelle – à la promotion économique genevoise. L’an passé, cette dernière a principalement œuvré au renforcement intra muros des secteurs des sciences de la vie, de la fintech et de la cybersécurité. Le canton a aussi initié des travaux visant à simplifier les procédures administratives aux PME.

Parmi les sociétés étrangères qui se sont établies à Genève l’an dernier: Sartus Capital, filiale du groupe brésilien XP Investimentos.

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