Présidentielle américaine

Les propositions fiscales et économiques irréalistes des candidats

Du côté démocrate, Bernie Sanders promet un programme économique de 18 000 milliards. Du côté républicain, les allégements fiscaux souhaités défient la raison

Une dette américaine de 19 000 milliards de dollars au début février. Un déficit budgétaire pour 2016 évalué à 544 milliards. Avec ces données en toile de fond, quelles sont les politiques fiscales et économiques proposées par les candidats démocrates et républicains à la Maison-Blanche? Nombre d’entre elles paraissent irréalistes.

Du côté démocrate, c’est Bernie Sanders, le «candidat socialiste» attire les foules, en particulier les jeunes Américains séduits par la volonté du prétendant à la Maison-Blanche de mener «une révolution politique». Son plan économique coûterait, selon le Wall Street Journal, plus de 18 000 milliards de dollars. Il vise notamment à créer une couverture médicale universelle pour assurer les 29 millions d’Américains sans assurance maladie, à supprimer les frais universitaires et à investir plus de 1000 milliards dans les infrastructures.

Lire aussi: Primaires américaines: Ted Cruz et Bernie Sanders résistent face aux favoris

Quatre anciens conseillers économiques en chef de la Maison-Blanche jugent les propositions de Bernie Sanders déconnectées de la réalité. Selon eux, le modèle mathématique développé par le professeur Gerald Friedman et adopté par la campagne du sénateur du Vermont ne tient pas la route. Il part du principe qu’une hausse permanente des dépenses de l’État va augmenter de façon permanente le produit intérieur brut. Selon le modèle, la croissance économique créée par le plan Sanders s’élèverait à 5,3% par an alors qu’à Washington, on l’évalue à 2,1% par an pour la décennie à venir. En matière fiscale, le plan de Bernie Sanders prévoit d’augmenter les impôts de 1,3% pour les plus bas revenus, de 8,5% pour les revenus moyens et de 45% pour les hauts revenus. Les revenus de l’État fédéral augmenteraient de 15 300 milliards lors de la prochaine décennie.

Clinton veut conserver l'Obamacare, les Républicains diminuer les impôts

Pour Hillary Clinton, les choix économiques et surtout fiscaux sont moins révolutionnaires. La candidate souhaite surtout bâtir sur ce que l’administration de Barack Obama a réalisé. Elle ne cherchera pas à remettre en question Obamacare, la réforme de la santé, à l’instar de son rival démocrate. Elle souhaite plutôt tendre vers une couverture universelle à partir de l’Affordable Care Act. Sur le plan fiscal, l’ex-secrétaire d’État entend proposer des allégements fiscaux pour les plus démunis et la classe moyenne, une hausse des impôts de 4% pour les revenus de plus de cinq millions de dollars. Le Tax Policy Center évalue à 1100 milliards de dollars la hausse des revenus de l’État en vertu des propositions d’Hillary Clinton.

Du côté républicain, tous les candidats promettent d’abroger Obamacare qui, selon eux, détruirait des emplois. Les réductions d’impôts qu’ils prônent sont telles que celles appliquées par Ronald Reagan (2,1% du PIB) et George W. Bush (1,4% du PIB) apparaissent modestes. L’actuel favori contesté de la course à l’investiture, Donald Trump, promet des allégements fiscaux de 4% du PIB qui réduiraient les recettes fiscales de l’État fédéral de 9500 milliards au cours des dix ans à venir, selon le Tax Policy Center. Les hauts revenus (supérieurs à 3,7 millions) en bénéficieraient le plus (- 19%) et les moyens revenus le moins (- 4,9%). Le sénateur texan Ted Cruz, le mieux placé dans les primaires pour freiner Donald Trump, veut abolir l’IRS (fisc). Il milite pour une flat tax de 10% et une TVA de 16%. Les recettes de l’État baisseraient de 8600 milliards sur dix ans. Le sénateur de Floride Marco Rubio prévoit aussi des allégements fiscaux coûtant à l’État fédéral 6800 milliards en dix ans.

Les propositions républicaines paraissent séduisantes pour un électorat conservateur remonté contre Washington. Mais les candidats ne disent pas comment ils comptent financer de telles coupes fiscales. Ils sont persuadés que la croissance économique dopée par de tels programmes compensera pour la chute des recettes fiscales. Or l’Amérique entre dans une période où les baby boomers commencent à arriver massivement à l’âge de la retraite. Ils pourraient provoquer une explosion des dépenses de Social Security (retraite) et de Medicare (assurance maladie publique à partir de 65 ans).

Publicité