«Nous prospectons en permanence»

Le Temps: Concrètement, comment les choses se déroulent-elles lors d’un rachat ou d’une fusion? Qui approche l’autre?

Carlos Esteve: Les maisons de fusions et acquisitions de la place viennent nous voir. Parfois nous marquons un intérêt, parfois non. Et puis il y a des rumeurs qui circulent et qui se vérifient souvent. Nous pouvons ainsi prendre l’initiative d’établir un contact direct avec un établissement.

– Beaucoup d’établissements sont-ils à vendre à Genève?

– Je le pense, oui, des établissements qui n’ont pas forcément la volonté de vendre intégralement, mais qui souhaitent fusionner par exemple. Nous sommes d’ailleurs tout à fait ouverts à un rapprochement. Nous en avons même considéré un très sérieusement l’année dernière.

– Pourquoi cela ne s’est-il pas fait?

– Les raisons sont nombreuses. Nous n’avons pas aimé le mélange, ou la qualité de la clientèle, qui était trop européenne à notre goût. Ce qui aurait voulu dire encore davantage de «reporting» à l’avenir. Ou la taille moyenne des comptes qui ne correspondait pas vraiment à ce que nous avons chez nous. Ou encore la mentalité de l’entreprise qui était trop différente de la nôtre. Des éléments dont on sait intuitivement qu’ils ne seront pas compatibles. Mais je pense que nous aurons la possibilité d’étudier de nouvelles opportunités d’ici à la fin de l’année.

– Vous êtes donc en train de prospecter sur le marché?

– Nous prospectons en permanence. Nous avons une petite cellule, un avocat et un économiste, dédiée spécialement à cela. Depuis trois ans maintenant, ils sont chargés de faire une radiographie en direct de la place bancaire, de suivre les résultats et évolutions de bilan de toutes les banques pour essayer d’identifier des cibles potentielles. Il faut être proactif aujourd’hui si l’on entend se positionner avant les autres, contacter ces banques avant qu’elles n’expriment publiquement un intérêt à quitter le métier.

– Certaines banques rechignent à passer par des ventes aux enchères, qu’elles jugent trop longues. Est-ce votre cas?

– Je vois mal comment les banques pourraient procéder aujourd’hui. Auparavant, quand le marché était stabilisé, on savait qu’il fallait payer l’équivalent de 4% de la masse sous gestion, environ, pour acquérir un établissement. Aujourd’hui, ça peut être 0,5% comme 2% des actifs. Il n’y a plus d’étalon clair. Des banques se défont de certains portefeuilles pour des raisons de politique interne et de procédures jugées trop lourdes. Ou parce qu’elles n’ont plus envie de traiter la clientèle d’un pays devenue trop difficile à gérer ou en porte-à-faux avec des réglementations locales.

– Quelle est la première chose que vous étudiez en amont d’un rachat?

– L’origine de la clientèle. Nous aimons les marchés émergents, la Suisse et tout ce qui a été déclaré bien entendu. Par contre, toute clientèle européenne «grise» ne nous intéresse pas.