Un large consensus règne désormais sur la nécessité de prendre diverses mesures pour réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, les modifications en profondeur que cette évolution entraînera pour la structure de nos économies sont rarement abordées. En effet, l’abandon des énergies conventionnelles au profit des énergies renouvelables et des technologies propres concerne tous les domaines de la vie économique. Un changement de cette envergure comporte certes des risques, mais crée également de nouvelles opportunités non négligeables. Ses effets positifs sur le marché de l’emploi prennent de l’importance, en particulier en ces temps troublés.

Mais pourquoi de nouvelles énergies et des technologies plus propres devraient-elles créer de nouveaux emplois? Et qu’en est-il des nombreux salariés des secteurs émettant beaucoup de carbone? La réponse est à la fois simple et évidente: en comparaison avec des sources d’énergie traditionnelles, les énergies renouvelables demandent bien plus de travail pour produire de l’électricité et, dans une moindre mesure, pour exploiter et maintenir les installations. Le passage à une économie pauvre en carbone doit donc créer un grand nombre d’emplois, mais en détruira également dans les secteurs où les rejets de carbone sont très élevés. Toutefois, le solde net sera positif.

Une main-d’œuvre supplémentaire sera notamment demandée dans l’exploitation des parcs éoliens, la fabrication des rotors pour les turbines éoliennes ainsi que la production de silicium pour les cellules solaires. De même, le durcissement des normes de construction générera un surplus de commandes pour l’industrie du bâtiment et créera donc de nouveaux postes. Ces projections sont étayées par une étude du BMU allemand 1 (Ministère fédéral de l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire) qui démontre que le renforcement des mesures de protection climatique donne lieu à des travaux de rénovation et d’isolation de grande ampleur et a déjà un effet stimulant sur l’industrie du bâtiment.

Le nombre de salariés dans le domaine de la recherche et du développement augmentera aussi régulièrement. Les résultats des travaux de recherche déboucheront sur des investissements qui créeront à leur tour de nouveaux emplois.

Les pays qui ont su identifier cette tendance à ses débuts bénéficient d’une longueur d’avance en termes de connaissances et peuvent ainsi exporter leurs produits, leurs technologies et leur savoir-faire. L’Allemagne en est le parfait exemple: des conditions-cadres avantageuses ont permis de développer un secteur d’exportation compétitif dans le domaine des installations éoliennes et solaires. En règle générale, l’Union européenne joue un rôle pionnier dans la promotion des énergies renouvelables et se fixe des objectifs ambitieux dans ce domaine. Une étude 2 menée pour le compte de l’UE estime que cette politique créera près de 1 million d’emplois directs et indirects à temps plein d’ici à 2010 et 1,4 million d’ici à 2020. Ces chiffres nets intègrent les postes de travail potentiels qui disparaîtront dans d’autres secteurs et ne comptabilisent que les 15 Etats membres de l’UE avant l’élargissement à l’Europe de l’Est.

Mais cet effet positif ne se limite pas qu’aux pays industrialisés. Les nations en voie de développement densément peuplées utilisent de plus en plus les dernières technologies pour stimuler leur marché du travail. A titre d’exemple, le Bangladesh a lancé un projet visant à former de jeunes techniciens solaires certifiés ainsi que des spécialistes de la réparation et de la maintenance de centrales solaires. Près de 100 000 emplois devraient ainsi voir le jour. En Inde également, une initiative propose d’équiper 9 millions de ménages en fourneaux énergétiquement efficaces, ce qui devrait créer jusqu’à 150 000 postes.

L’émergence d’une économie mondiale plus écologique implique de profonds changements dans la manière d’exercer les activités économiques. Des modifications structurelles dues à l’innovation soutiendront la création d’emplois, la hausse de la productivité et la croissance. Si des conditions-cadres appropriées viennent en plus accompagner le changement climatique, le potentiel de création d’emplois à long terme est immense.

Les investisseurs peuvent, par le biais de placements thématiques, participer à cette gigantesque avancée et profiter de perspectives de gains tout aussi prometteuses.

* Gérant de portefeuille du Vontobel Fund – Global Trend New Power.

1. «Gross Employment from Renewable Energy in Germany in the Year 2008», «New Thinking – New Energy», Energy Policy Road Map 2020, janvier 2009, BMU, Allemagne.

2. «Meeting the Targets & Putting Renewables to Work», Monitoring & Modelling Initiative on the Targets for Renewable Energy (MITRE), Overview report, UE.