Contrats annulés, commandes réduites, rupture de la chaîne de production, paperasserie supplémentaire. Telles sont les conséquences directes d’une nouvelle mesure administrative que Bruxelles vient d’introduire contre les exportateurs de produits en acier dans l’Union européenne (UE). A partir du 1er juillet, ces derniers ont l’obligation de présenter un «certificat de surveillance» – l’équivalent d’un permis d’importation – établi dans le pays destinataire. Théoriquement, cette procédure prend une semaine. En réalité, elle dure plus longtemps.

Cette mesure touche particulièrement les exportateurs suisses qui livrent des produits en acier de haute qualité, notamment aux industries automobile, aéronautique et spatiale européennes. Certains d’entre eux, qui ont déjà perdu des contrats, songent à constituer des stocks dans un Etat européen. Des diplomates commerciaux suisses, qui veulent garder l’anonymat, s’insurgent contre cette «mesure punitive» d’autant plus que, selon eux, celle-ci constitue «un obstacle au marché unique».

Donald Trump menace à tout va

Mais ce n’est pas le seul sujet relatif aux produits en acier qui inquiète. Berne prend également au sérieux la menace américaine d’imposer un droit de douane à l’importation au nom de la sécurité nationale. A ce jour, Washington a invoqué cette raison à deux reprises, en 1999 et en 2001, mais n’est jamais passé à l’acte. Un spécialiste du commerce international espère que ce sera de même avec le président, Donald Trump, qui profère des menaces à tout va. La Suisse exporte des produits en acier pour 216 millions de francs en moyenne par année aux Etats-Unis.

Lire aussi: L’acier européen peine à freiner son déclin

Cette menace pèse également sur la Chine et l’UE, surtout l’Allemagne, qui sont de grands exportateurs de produits en acier vers les Etats-Unis. Bruxelles a fait savoir qu’elle a déjà dressé une liste de produits américains sur lesquels elle imposerait à son tour des droits de douane. «L’UE et la Chine, qui sont de grandes puissances commerciales, peuvent envisager des mesures de rétorsion, dit un spécialiste du commerce international. Ce qui n’est pas le cas de la Suisse.»

Lire aussi: La guerre mondiale de l’acier

Si la menace américaine était mise à exécution, Berne pourrait en référer à l’Organisation mondiale du commerce, la gardienne du libre-échange. «Une exception aux règles internationales permet des restrictions au nom de la sécurité nationale en cas de guerre ou de tensions géopolitiques, explique le spécialiste. Aucun pays ne l’a appliquée à ce jour.»