Donald Trump a réaffirmé mardi 3 janvier son cap protectionniste en prenant pour cible l'industrie automobile américaine, criant victoire après la décision de Ford de renoncer à construire une usine au Mexique et menaçant General Motors de représailles. Le président élu américain a par ailleurs nommé mardi un ancien de l'administration Reagan, hostile à un libre-échange sans limites, pour renégocier les accords commerciaux internationaux.

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Durement critiqué par Donald Trump pour ses délocalisations, Ford a fait sensation en annulant mardi la construction d'une usine de 1,6 milliard de dollars à San Luis Potosi, au Mexique, dont la construction avait été annoncée en avril.

Près de la moitié de cette somme -700 millions- sera réaffectée à une de ses installations au Michigan, dans le nord des Etats-Unis, pour fabriquer des véhicules autonomes et électriques.

A peine cette annonce surprise dévoilée, le président élu s'est auto-congratulé sur Twitter en relayant le message d'un de ses conseillers lui attribuant la paternité de cette décision et en assurant que les Etats-Unis allaient devenir «le plus grand pôle d'attraction pour l'emploi et l'innovation».

Le PDG de Ford lui a quelque part donné raison, niant avoir «conclu un accord» avec le futur président américain mais reconnaissant que cette décision était liée à l'arrivée prochaine de Donald Trump à la Maison Blanche.

Environnement plus positif

«C'est littéralement un vote de confiance sur certaines des mesures pro-croissance qu'il a mises en avant», a déclaré Mark Fields sur CNN, évoquant «un environnement plus positif pour l'industrie manufacturière et l'investissement».

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Le Mexique a vivement réagi, en affirmant «regretter» cette décision et en assurant que Ford devra rembourser les éventuelles sommes engagées par les autorités locales pour «faciliter» cet investissement.

Saluée à Wall Street, cette décision marque en tout cas un revirement inattendu pour le deuxième constructeur américain, qui a toutefois précisé qu'il maintiendrait le transfert d'une partie de sa production de petites voitures au Mexique.

Mi-novembre, peu après la victoire choc de Donald Trump, Ford assurait encore qu'il ne renoncerait pas à ses projets de délocalisation malgré les remontrances du prochain pensionnaire de la Maison Blanche.

General Motors pris pour cible

Les mêmes pressions se sont abattues mardi sur le grand rival de Ford, General Motors, pris pour cible pour fabriquer certaines de ses voitures au Mexique à moindre coût avant de les revendre aux Etats-Unis.

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«General Motors livre des voitures Chevy Cruze, fabriquées au Mexique, à ses concessionnaires aux Etats-Unis sans payer de taxe. Fabriquez aux Etats-Unis ou payez une lourde taxe frontalière», a tweeté Donald Trump.

Le géant de Detroit a immédiatement démenti en partie les accusations de Donald Trump, expliquant que la Chevrolet Cruze vendue aux Etats-Unis était produite près de la ville de Cleveland, dans l'Ohio (nord).

Les attaques de Donald  Trump contre GM et la volte-face de Ford coïncident avec la nomination mardi de Robert Lighthizer, 69 ans, comme représentant au Commerce extérieur (USTR), le poste qui couvre les négociations commerciales internationales.

Cet ancien de l'ère Reagan s'est, dans le passé, déclaré opposé au «dogme» d'un libre-échange «effréné» et a plaidé pour un durcissement vis-à-vis de Pékin pour freiner le «déclin américain», conformément à la ligne politique du président élu.

Chantre du «Made in America»

Posant en chantre du «Made in America», Donald Trump a durement critiqué les accords commerciaux négociés par ses prédécesseurs, les accusant d'être responsables de la perte de millions d'emplois industriels aux Etats-Unis. Il a notamment promis de dénoncer l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), qui lie les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

C'est ce traité qui permet à General Motors et Ford de fabriquer au Mexique et d'importer aux Etats-Unis hors taxes. L'Aléna prévoit que, si au moins 65% des pièces d'un véhicule sont d'origine nord-américaine (Etats-Unis, Canada et Mexique), celui-ci peut être vendu sur le territoire américain sans aucune taxe d'importation.

Ces pressions sur les grands constructeurs américains interviennent à quelques jours de l'ouverture du salon automobile de Detroit et renforcent les interrogations sur l'avenir de la filière sous la présidence Trump.